Quoique la vie puisse nous en faire douter en cette éprouvante période, je suis persuadée que Pablo Neruda a raison : Le printemps est inexorable. Aussi, j’ai souhaité, en ce jour équinoxe de la saison de renaissance à laquelle nous aspirons tous, moralement et physiquement, vous offrir une belle et grande brassée des fleurs éternelles de Sylvie Hartmann.

Dans le Loiret, au cœur d’une ravissante demeure entourée d’arbres, dans son atelier aux papiers peints d’antan, cette créatrice travaille le papier ou le tissu faisant éclore entre ses doigts des fleurs à la beauté pérenne et à l’élégance précieuse.

Mais, bien longtemps avant la fleur à sculpter, Sylvie prend le chemin de l’Art par la voie d’études en archéologie, en histoire de l’art et en ethnologie. C’est ainsi, qu’elle est formée au métier de dessinateur d’archéologie au musée de Besançon. Une rencontre amoureuse lui donne l’opportunité de partir vivre à Chypre et d’œuvrer, pendant presque trente ans, en tant que dessinatrice permanente à l’Ecole Française d’Archéologie. En parallèle, devenue vice-présidente de l’Alliance Française de Limassol, elle organise différents concerts et expositions pour l’Ambassade de France.

Au milieu des années 2010, entre Chypre et la France, Sylvie travaille pour de grandes collections d’art. S’occupant de la coordination d’études, de la restauration ou de transports d’œuvres, sa vie quotidienne se passe en tête à tête avec des tableaux, dont l’empreinte sensible, émouvante reste profondément en sa mémoire. Toujours lorsqu’un tableau la quitte pour rejoindre la collection ou une exposition, Sylvie éprouve une légère tristesse, une forme de pincement à l’âme, comme un ami s’éloignant, il lui manque, déjà. Toutes ces années sont le lieu, pour la future créatrice, d’un lent travail quotidien de sensibilisation de l’œil à la Beauté.

Revenant définitivement en France en 2017, un jour, se promenant dans une galerie d’art, elle croise un artiste faisant des fleurs en papier de soie et quelques jours plus tard, sa nièce lui annonce son mariage. Aussitôt, Sylvie pense à fleurir cet événement avec des fleurs en papier. Elle s’exerce tout d’abord à sculpter des fleurs avec du sopalin, du papier toilette qu’elle cisèle avec des marqueurs japonais pour les contours, enfin, elle utilise de l’aquarelle et arrive à une fleur magnifique, mais, qui demande un long et lent travail tout en finesse.

C’est en tenant entre ses mains sa première création florale que Sylvie décide de transformer en fleurs les œuvres, les moments, les souvenirs, les personnes qui la marquent, la touchent, lui manquent, aussi…

Ainsi, le tableau « La plage de Trouville » de Eugène Boudin donnera naissance à une fleur bleue au cœur noir et or, quand celle pour l’oeuvre de J-B. Oudry « Comédiens italiens dans un jardin » sera rose avec un cœur bleu. Boucher lui inspire des roses d’un pastel délicatement 18ème et rococo. Fantin Latour, grand maître des fleurs et des bouquets, l’obsède un temps en souvenir d’une exposition vue au musée du Luxembourg. Et cette opulente guirlande, là, qui orne le trumeau de son atelier est inspirée du plafond monumental du Louvre, réalisé par Carolus Duran en 1875 à la gloire de Marie de Médicis.

La créatrice sent vite les limites des papiers bas de gamme et fait le choix de papiers nobles tel les papiers en mûriers du Japon et de Corée. Ces papiers ont l’avantage d’être indestructibles et de magnifier la moindre couleur. Elle façonne ces luxueux papiers en les mouillant. Elle les peint, travaille avec des pigments naturels par passion pour la géologie ou de l’encre ancienne italienne pour sa traditionnelle qualité. Le choix de la couleur détermine le choix du papier. Leurs corolles, leurs pistils, leurs étamines, tout est de papier, parfois poudrées d’or, toujours le pétale gonflé comme un jupon d’une étoffe rare. Les mélanges personnels de gommes japonaises et de colles de riz qu’elle leur applique donnent un apprêt tout en respectant le papier. Si la fleur rejoint un bouquet, son faste est rehaussé par un feuillage séché naturellement puis poudré d’or ou bien délicatement aquarellé.

Toutes ses fleurs sont longuement imaginées en amont avec de nombreux croquis d’inspirations. La singularité de la démarche de Sylvie Hartmann tient tout particulièrement dans sa volonté de ne pas reproduire la nature que pourtant elle se sent toujours « rejoindre », « retrouver » comme un rendez-vous nécessaire. Quand elle sculpte une fleur, elle tente, selon ses termes, d’être dans un quelque chose qui naîtrait d’une écorce végétale. Aussi l’exploration de couleurs aussi étrange dans le monde végétal qu’un bleu céleste et presque virginal ne l’effraye point et c’est ce qui m’a tout de suite plu dans son travail, cette floraison aux variations multiples et parfaitement libres, enchanteresse dans son audace.

En harmonie avec la nature, la pensée de la nature et de sa fécondité perpétuelle, en sculptant une nouvelle fleur, Sylvie oeuvre, finalement, à inventer une nouvelle botanique puisque chaque fleur aura son nom et donc une identité bien à elle. Ce florilège est riche d’une Jérôme D., une Olympia, une Marcel, ou encore une Suzanne H, une Musée de la Vie romantique

Et que, de plus en plus souvent, le tissu vienne rencontrer les précieux papiers washi pour l’épouser ou lui faire de l’ombre, même s’il fait appel à une autre technique, une nouvelle technique, n’est point étonnant. Au grès de ses rencontres, Sylvie se renouvelle sans cesse et enrichit son regard, toujours plus.

L’année qui vient de s’écouler, dans le bouleversement des quotidiens, lui a offert l’opportunité de longs temps de promenades dans la campagne de son Loiret et les petites fleurs des champs, inspirantes dans leur simplicité, lui ont fait naître l’envie de bouquets plus légers, doux, gracieux.

Ses créations anoblissent des vitrines comme celle de la boutique Sennelier à Paris ou celles de la Maison Ysé à Lyon et Paris et se sont retrouvés en 2019 au Salon Maison & Objet. Elles ont aussi décoré les tables de l’exposition « Tout un art : la Table ! De Pompéï à l’Art nouveau » à l’IESA Arts et Culture et illuminé une séance de photos pour la prochaine collection de la marque Yves Delorme Couture.

Sylvie réalise autant des fleurs uniques à mettre en soliflore ou bien sous globe solitaire – mes préférées car, peut-être, les plus poétiques, les plus proches de l’état de « poème »… La transparence du verre, la petitesse du globe, la préciosité de la fleur unique, tout me charme en l’objet.- que des bouquets somptueux, des boîtes de curiosités florales, des broches. Chacun peut choisir dans le fond déjà existant, mais il peut aussi commander sur-mesure le bouquet de ses rêves. C’est alors qu’humblement, joliment, elle aura tendance à parler de créations à quatre mains ou bien à six mains, si il s’agit d’un couple qui lui demande de décorer leur mariage ou un baptême. Ses fleurs peuvent s’offrir pour commémorer une rencontre, un anniversaire, un souvenir ou fêter un printemps longtemps espéré

Mon Carnet de Notes

Hathor Création. Sylvie Hartmann Tel 06 73 41 32 57 sylviehartmannhathor@gmail.com instagram : hathorcreation_sylvie_hartmann

( Prochain reportage à paraître le 3 avril… Pour Pâques, je vous emmènerai dans le Tarn à Rabastens…)

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