En Anjou coule la Loire… Sauvage bien souvent, longue, longue, et d’une telle beauté qu’elle fût longtemps choisie comme terre d’élection pour ériger maints somptueux châteaux (il n’y en a pas moins de 1400 en Anjou !) et autres merveilles. Depuis 2000, ce fleuve et son Val entre Sully-sur-Loire et Chalonnes sont inscrits au titre des paysages culturels vivants au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour mon plaisir, et j’espère pour le vôtre en vous donnant envie de découvrir ou redécouvrir ce somptueux coin de France, je l’ai parcouru sur quelques distances allant de Montsoreau à Montjean-sur-Loire en m’arrêtant en quelques lieux choisis.

Avec ses 1006 kilomètres, elle est donc le fleuve le plus long de France. Sa source est située dans l’Ardèche au sud-est du Massif central, elle descend, plutôt, vers le nord, puis bifurque, très globalement, vers l’ouest en arrivant à Orléans et se jette somptueusement dans l’océan Atlantique à Saint-Nazaire. Sur ces terres régulièrement inondées, les populations n’ont pu réellement s’installer que lorsque la levée a été construite.

Toute une vie s’est organisée dans sa vallée et jusqu’au milieu du XIXe siècle, par exemple, la Loire était la voie principale de transit des marchandises de l’intérieur du pays jusqu’au port de Nantes. Seule l’arrivée du chemin de fer a changé cette situation séculaire.

Il est impossible d’échapper aux superlatifs avec la Loire. Royale, féconde, capricieuse, imprévisible, élégante, elle demande une vigilance permanente tout en générant une admiration incontournable. C’est à Montsoreau le premier soir qu’elle m’a saisie au cœur…

Montsoreau, petite cité de caractère, garde dans son ravissant écrin, une beauté de pierres blanches (le célèbre château) qui inspira mon cher ami Alexandre Dumas pour son roman : La Dame de Montsoreau. Je ne m’étendrai par sur le dit roman mais bien sur le village labellisé « Plus beaux villages de France » absolument charmant, lui aussi essentiellement constitué de tuffeau blanc coiffé d’ardoises, paisible, fleuri à souhait et qui offrait un point de départ idéal à mon escapade au fil de la Loire.

A l’extrémité est de l’Anjou, au carrefour de la Touraine et du Poitou, abrité des grands trafics routiers des bords de Loire, le village de Montsoreau a une apparence raffinée et particulièrement harmonieuse. Déambuler et se promener dans ses rues et ruelles réservent de jolies surprises florales, architecturales ou encore décoratives.

Existant, a priori, depuis 990 en l’état de place forte et donc pourvue d’une forteresse, elle devient Monte Sorello (Montsoreau en latin) vers 1086. Jean II de Chambes, épousant l’héritière de cette forteresse, fait raser la bâtisse et, en lieu et place, y fait édifier dans le lit du fleuve royal, l’actuel château de Montsoreau en 1455. Dans le plus pur style Renaissance, l’édifice, essentiellement résidence d’agrément, était autrefois cerné de douves alimentées par la Loire.

Mais perdant son rôle de place forte avec la fin des guerres de religions, il décline au point de risquer de disparaître. Son état de dégradation ne l’empêche pas d’être classé au titre des Monuments historiques en 1862. Pourtant, c’est l’intervention du marquis Jean de Geoffre en 1910 qui permettra d’éviter sa ruine totale en incitant l’Assemblée départementale à l’acquérir. Les travaux de restauration ne commenceront pas avant 1923, interrompus par la Seconde Guerre mondiale, ils se poursuivent ensuite de façon ponctuelle.

Le château, totalement ouvert au public en 2001 avec un parcours son et lumière est, depuis 2016, devenu un musée majeur d’art contemporain. En effet, Philippe Méaille, collectionneur privé, y présente sa remarquable collection d’art conceptuel « Art & Language ». Ainsi, le promeneur en découvrant les richesses architecturales de ce château éminemment gracieux, ses monumentales cheminées, son escalier à voûte en palmier, et le sublime panorama depuis les terrasses surplombant la confluence Loire-Vienne à 35m de hauteur, déambule en toute liberté dans l’une des plus importantes et radicales collections mondiales de ce mouvement artistique et littéraire international.

En sortant du château et après une nouvelle promenade dans les rues et ruelles de Montsoreau la ravissante, je me dirige vers les berges au pied du château. Il me tarde d’appréhender le fleuve en sa douceur, ce soir, et d’admirer l’harmonie du château depuis une petite île où je vais dîner aux chandelles après une mini-croisière en toue.

La toue est un élégant bateau traditionnel tout en bois, elle servait autrefois à la pêche et aux transports de marchandises sur la Loire. Celle qui m’embarque « La Fauvette » est une toue cabanée, réplique fidèle des bateaux qui naviguaient sur la Loire mais disposant de tout le confort moderne nécessaire pour en faire une chambre d’hôtes flottante si je le souhaite. Sa motorisation est silencieuse et me permet ainsi d’écouter dans le beau silence de la nature ce que Jean-Pierre, pilote et propriétaire de La Fauvette, me raconte.

Tout en me menant vers un îlot de sable qui fait face à Montsoreau et en préparant les agapes à base de produits du terroir, ce passionné de batellerie traditionnelle et grand amoureux de la Loire m’explique notamment que la pêche dans la Loire a bien changé, car le silure prédateur carnassier a la chair un peu grossière mais consommable, déstabilise l’écosystème en décimant les espèces endémiques de la région. Aussi, s’il y a un siècle, l’on pêchait jusqu’à 100 000 saumons par an dans la Loire, aujourd’hui on en pêche environ 500… Il en est de même du brochet ou de la sandre.

En regardant en contre-jour, la silhouette d’un pêcheur qui se dessine au loin face au château, il m’est bien difficile de mesurer la gravité réelle de la situation tant l’heure est emplie de paix et de majesté. La vie m’accorde ce soir-là un délicieux moment de bien-être, un de ces temps de grâce suspendue. Le soleil perce, chaud encore, entre les nuages amoncelés, se reflétant dans le fleuve mélancolique, Montsoreau dans son élégance parfaite s’imprime, à cet instant précis, dans ma mémoire pour n’en plus repartir.

(à suivre… prochain reportage Au fil de la Loire…le 5 septembre)

MON CARNET DE NOTES

Se renseigner

Office de tourisme de Montsoreau – 15 avenue de la Loire – 49730 Montsoreau – tel : 02 41 51 70 22 www.ville-montsoreau.fr  

Se loger

La Marine de Loire. Hotel & Spa, et se lever avec la vue sur la Loire…si on choisit l’une des 5 chambres privilégiées – Caroline Chagnaud – 9 quai de la Loire – 49730 Montsoreau – Tel 02 41 50 18 21 – resa@hotel-lamarinedeloire.com www.hotel-lamarinedeloire.com

Le manoir de Boisairault. Elégante demeure de Jean-Pierre et Béatrice, qui offre aussi la possibilité d’un logement insolite et romantique dans une toue cabanée (quand celle-ci sera remise parfaitement en état) – Chambres d’hôtes sur terre et sur l’eau, donc. – 8 rue du pas d’Aubigné – 49260 Coudray Macouard – Tel : 06 08 93 85 61 – www.manoir-de-boisairault.com contact@manoir-de-boisairault.com

A visiter

Le château de Montsoreau et son musée d’Art contemporain – Passage du Marquis de Geoffre – 49730 Montsoreau – tel 02 41 67 12 60 – Ouvert 7j/7j de 10h à 19h – restauration possible sur place www.chateau-montsoreau.com lechateaudemontsoreau@gmail.com

A vivre

La Fauvette – Un dîner aux chandelles dans une toue cabanée face au château de Montsoreau… Un vrai moment de poésie et de grâce ! Pour l’instant, la toue de Jean-Pierre est en souffrance mais il suffit d’être un peu patient et de garder la bonne idée dans ses petits papiers… – Rive gauche – 49730 Montsoreau – contact@manoir-de-boisairault.com – tel 06 08 93 85 61

A relire

La Dame de Montsoreau – de Alexandre Dumas – Bussy gentilhomme courageux et loyal (enfin, selon Dumas…) tombe dans l’embuscade tendue par les mignons d’Henri III. Seul contre cinq, il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention providentielle d’une inconnue belle comme un ange…la future Dame de Montsoreau… – Edition de Poche – Folio Classique

Ce reportage a été réalisé grâce à Anjou Tourisme www.anjou-tourisme.com.

Les mesures sanitaires actuelles modifiant beaucoup la fluidité des accueils du public, je vous recommande vivement de regarder sur les sites et de vérifier les horaires pour chacun des lieux avant de vous y rendre.

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