Au Pays de l’artisanat d’art, une place est évidemment gardée, nécessaire et précieuse, pour les globes terrestres. Ces sphères de verre, de papier mâché, de plâtre, translucides ou pleines, représentant notre Mère La Terre avec toutes ses merveilles, m’ont absolument toujours fascinée. Enfant déjà, comme probablement beaucoup d’entre vous, je suivais d’un doigt léger un voyage imaginaire que je m’inventais au fil de noms inconnus, magiques, de continents personnellement inexplorés, en faisant tourner le globe lumineux de la maison familiale.

A Besançon, dans une arrière cours, se trouve ainsi Globe Sauter & Cie, la manufacture de globes terrestres d’un géographe au parcours singulier, pourvu notamment d’un BTS de gestion des espaces naturels qu’il a acquis à l’école du paysage de Versailles car il pensa un temps être jardinier. De la culture de la terre à sa représentation sphérique, une certaine cohérence existe… Me semble-t-il…

L’homme est d’un abord souriant avec un quelque chose de rêveur, de poétique que dément totalement sa pratique extrêmement rigoureuse et pour cause : tracer un méridien ou un angle droit sur un rond au petit bonheur est impossible !  Et pourtant le souhait, l’envie, le désir de fabriquer des globes terrestres lui sont arrivés, pourrai-je dire, comme un coup de lune, une révélation subite. Alain Sauter est encore professeur et chercheur à Paris I, lorsqu’un jour il entend une émission au cours de laquelle, il apprend que les anglais sont les derniers au monde à faire des globes. Abasourdi, son sang de géographe ne fait qu’un tour et dans la minute, il a fallu qu’il fasse un globe, réunissant en ce geste : la main qui fabrique, la cartographie et la géographie ses pratiques initiales, et la création.

En France, la fabrication des globes a cessé au cours des années 70. Depuis, quelques années, elle reprend à petit pas. Chacun doit trouver sa matière, son identité, son style. Alain va profiter de ses années d’enseignement pour tester et arriver à un produit qui soit parfaitement abouti mêlant la rigueur d’une cartographie exacte et la poésie d’un objet qui, de nos jours, est bien plus un vecteur de rêves qu’une encyclopédie, sa fonction première.

Au bout de quatre années de recherches, ayant quitté Paris pour une vie plus proche de la nature dans la belle ville de Besançon, riche d’une tradition horlogère et donc d’une tradition de précision qui lui va à merveille, notre géographe installe sa manufacture et réalise absolument chacune des étapes de fabrication d’un globe terrestre alliant des matériaux tels : le plâtre, le papier, le vernis, l’aquarelle, le bois.

Au final, l’objet est pérenne, c’est un globe que l’on peut transmettre à sa descendance, ces matériaux sont durables et choisis d’une excellente qualité en ce sens. Tous les outils et les matières utilisés sont made in France et parfois même provenant d’une entreprise locale comme celle qui réalise les cartons d’emballage de ces globes pour éviter impérativement le plastique.

Les globes d’Alain Sauter sont en plâtre. Ce choix d’un matériau qui, une fois sec, est lourd et compact donnant une certaine pesanteur à l’objet, lui amène une densité m’évoquant immanquablement le poids de la voûte céleste sur les épaules d’Atlas, le géant, le Titan condamné par Zeus. Certaines de ses aquarelles utilisées sont réalisées à base de végétaux leur donnant une douce odeur de tisane à l’utilisation et étant un lien de plus, à mon sens, entre l’initiale volonté d’Alain d’être jardinier, son métier de géographe et ses créations de globes à rêver…

Voici les différentes étapes de réalisation d’un globe terrestre dans cette manufacture :

1° Alain sculpte deux demi-sphères de plâtre creuses d’1 à 2 cm d’épaisseur, fibrées avec de la toile de jute pour solidifier l’ensemble.

2° Les deux demi-sphères, une fois sèches, sont collées ensemble. La sphère obtenue est parfaitement ronde et précise. Alain vient ensuite tracer l’équateur et le 1er méridien nord-sud sur la surface toute blanche.

3° C’est l’étape de la cartographie réalisée avec différents outils informatiques. Alain calcule chaque fuseau pour le recréer en aplat. Ces fuseaux sont tous imprimés en noir et blanc avec des résines hautes gammes garanties dans le temps.

Il détrempe chaque fuseau pour retrouver la souplesse du papier puis il le maroufle de façon conséquente. Il doit sans cesse ajuster chaque fuseau sur le globe pour être le plus précis possible. Cette étape demande une grande délicatesse et beaucoup de rigueur.

5° La pose des couleurs avec l’aquarelle est la même technique que celle des anglais. Il s’agit plutôt d’un lavis d’aquarelles qui, rencontrant les aspérités du papier, donnera une texture à l’ancienne et permet des jointures de couleur et des limites plus douces car plus floues, mais aussi plus libres.

Pose du vernis en plusieurs couches car c’est le garant de la protection de l’objet. Le vernis protège du ph de la peau qui touche l’aquarelle et le papier, et il apporte aussi une vraie résistance.

7° Il faut deux jours de séchage.

8° Pendant ce temps-là, Alain réalise le socle de menuiserie. Il a lui même imaginé différents socles et il considère cette étape incontournable et n’a jamais rien voulu déléguer.

Il faut une grosse dizaine d’heures pour réaliser un globe terrestre, le tout étalé sur deux semaines. Notre géographe, devant un carnet de commandes qui explose (avec parfois des commandes très prestigieuses pour le cinéma ou des lieux historiques) travaille désormais avec Cécile, ancienne graphiste reconvertie avec joie dans ce métier où il faut « faire avec les mains » me dit-elle. Ensemble ils réalisent des globes de différentes tailles de 21 cm à 80 cm de diamètre.

Chaque globe, s’il reprend évidemment l’intégralité des informations qui se trouvent classiquement sur un objet de la sorte, sera, quoiqu’il en soit, personnalisé – Bonheur du sur-mesure ! – en fonction des souhaits du futur acquéreur. Ce dernier choisira outre la dimension, le socle et la palette de couleurs dans les échantillons imaginés par Alain, de faire apparaître un petit village en plus, une île imaginaire, le tracé de ses voyages, ses armoiries, ou encore un petit monstre marin, les possibilités sont infinies pour rendre son globe à soi, unique

Personnellement, j’ai eu un véritable coup de cœur pour un globe de 21 cm suspendu par l’axe écliptyque, c’est à dire par le plan de la terre face au soleil… Magnifique… Le pôle de l’écliptyque définissant les solstices et les équinoxes…

Il y a deux semaines, j’inaugurais l’An tout neuf en vous emmenant dans l’atelier de Jean-François Lefevre horloger-rhabilleur soignant le Temps. Aujourd’hui, prenant la Terre entre mes mains ou la faisant tourner sur son axe écliptyque, je me rapproche à nouveau du Temps par une autre voie, celle où l’heure est mesurée, le Temps, toujours actif, à jamais… puisque la Terre tourne… Et mon globe suspendu à son axe me le redit d’une façon délicieusement poétique.

MON CARNET DE NOTES

Globe Sauter & Cie –Manufacture de globes terrestres- 6 rue du cercle – 25000 Besançon. Sur rdv uniquement. ecrire@globesauter.fr www.globesauter.fr

Il existe 4 tailles de globes, les prix vont de 250 euros à 8000 euros. Sur le site internet qui est très bien fait, vous pouvez déjà avoir un bel aperçu de ce qu’il est possible de réaliser et vous pouvez faire vos premiers choix pour en discuter ensuite avec Alain Sauter ou Cécile son assistante.

Si vous prenez la décision de venir faire votre commande en direct ou bien de venir chercher votre globe terminé, n’hésitez pas à vous loger au très bel hôtel Le Sauvage 6 rue du Chapitre 25000 Besançon. Tel : 03 81 82 00 21 http://hotel-lesauvage.com/fr/

Ce reportage a été réalisé grâce à Bourgogne Franche Comté Tourisme 4 rue Gabriel Plançon 25044 Besançon Cedex www.bourgognefranchecomte.com

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