A l’extrémité sud-est du département de l’Ariège où je vous promène depuis plusieurs semaines se trouve la vallée d’Orlu nichée au cœur des Vallées d’Ax. Ce territoire est un merveilleux écrin de nature qui, tout en respectant la montagne dans un véritable effort de développement durable, a su aussi préserver son patrimoine naturel paysager et animalier comme son identité culturelle. C’est dans cette vallée que se trouve par exemple la Maison des Loups sur laquelle j’ai fait un précédent article. Et c’est aussi et surtout dans cette vallée que se trouve la Réserve Nationale d’Orlu bénéficiant d’une biodiversité exceptionnellement préservée.

Située à la fois dans les Pyrénées ariégeoises et les Pyrénées catalanes, la Réserve Nationale d’Orlu fût créée en 1943 sous l’égide d’une initiative privée. Elle s’insère dans un vaste ensemble de zones protégées entre la Haute Ariège, la haute vallée de l’Aude et les plateaux de la Cerdagne et du Capcir, et couvre un territoire d’environ 4250 hectares de haute montagne allant de 950 m à 2765 mètres.

Elle abrite un ensemble d’habitats et d’espèces caractéristiques du massif  pyrénéen dont des habitats remarquables : pineraies à crochets, pelouses sèches à orchidées, tourbières…, une flore diversifiée comprenant des espèces protégées sur le territoire national : la drosera à feuilles rondes, la gagée jaune, la pétasite blanc de neige…, et une faune pyrénéenne dont certaines espèces à haute valeur patrimoniale : l’ours brun, le desman des Pyrénées ou rat-trompette (un insectivore semi-aquatique), le lagopède alpin (oiseau de la famille des Phasianidae), le gypaète barbu (vautour), l’aigle royal…

Aigle royal survolant la réserve.

Elle fût mise en vente en 1973 et rachetée en 1974 par les communes d’Orgeix et d’Orlu pour être gérée par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui, depuis lors, organise ainsi des programmes d’études et de suivies de la faune sauvage. Du fait de son intérêt patrimonial, elle obtint le statut de Réserve Nationale de chasse et de faune sauvage en 1998. Dans ce laboratoire de terrain, trois missions principales sont mises en avant et monopolisent tous les acteurs du lieux, gestionnaires, techniciens, bergers, gardiens de refuge etc.

Observer

La première mission consiste à étudier et suivre l’évolution de la faune et de ses habitats pour assurer ainsi un suivi régulier de la biodiversité notamment des espèces sensibles. L’isard et le grand tétras, endémiques des Pyrénées, font l’objet d’études particulièrement approfondies pour contribuer à une meilleure connaissance de ces deux espèces et de leur gestion de manière durable.

Le grand tétras ou grand coq de bruyère est un gros gallinacé vivant en montagne et considéré actuellement comme une espèce menacée de disparition. Dans les Pyrénées, il s’agit de la sous-espère Tetrao urogallus aquitanicus.

L’isard ou izard est une espèce de la sous-famille des caprins comme son joli profil le montre. Plus lourd d’une dizaine de kilos que le chamois des Alpes, il a aussi un pelage d’été plus roux et un pelage d’hiver plus clair agrémenté d’un collier de poils noirs au niveau du cou. Ses cornes forment aussi un crochet plus ouvert que celui du chamois. Sa durée de vie est de 22 ans et la gestation dure 165 jours. Le mâle est plus massif que la femelle et ses cornes sont plus courbes. Comme pour de nombreux animaux, la taille de celles-ci permet d’identifier l’âge de l’animal. Il se déplace par hardes souvent sous la conduite d’une femelle. Très chassé dans les années 1960, il a failli disparaître et c’est grâce à la création du Parc national des Pyrénées dont la Réserve d’Orlu qu’il est (re)-devenu un animal commun des Pyrénées voire abondant dans les zones protégées comme la Réserve.

Respecter et Protéger

La deuxième mission met l’accent sur la préservation durable de cette faune, de la flore qui l’accompagne et des habitats. De cette mission découle ce que l’on appelle une police de l’environnement, c’est-à-dire l’édification d’une réglementation que vous retrouvez facilement sur les bornes disposées dans la Réserve. Ainsi vous pouvez découvrir une biodiversité remarquable tout en contribuant à sa préservation dans le respect que vous manifestez à suivre les consignes inscrites sur ces bornes de délimitation du territoire et du sentier de découverte.

C’est en général très simple et pour autant, dès qu’une règle est émise l’humain cherche à la transgresser, ici pour le bien de votre conscience de rebelle, dites vous qu’il ne s’agit pas de se rebeller contre un autre être humain ou une règle étatique mais de prendre soin de notre patrimoine : Dame Nature ! De mon point de vue, cela devient un geste honorable et vital de la respecter…

Comprendre et découvrir

La troisième et dernière mission consiste à nous sensibiliser, petits et grands que nous sommes, à cette nature, à sa préservation, à sa diversité, à sa beauté. Ainsi l’ONCFS organise dans la Réserve diverses journées de démonstrations et de formations pour les professionnels de la montagne, les scientifiques, les étudiants. Et avec son partenaire l’Observatoire de la montagne, il nous permet à nous dit grand public (et scolaires) de découvrir ce patrimoine naturel d’exception et de devenir ainsi de parfaits éco-touristes-responsables !

Alors, n’hésitez pas, la promenade est riche de découvertes. Vous croiserez nos bovidés habituels que les éleveurs mènent en saine pâture dans la Réserve, mais vous y verrez aussi des merveilles à observer souvent de loin, avec l’excellent matériel que les guides mettent à notre disposition, comme l’aigle royal et le grand tétras ou de beaucoup plus près comme ces marmottes qui m’ont fait le spectacle…

MON CARNET DE NOTES

Renseignements : www.vallee-orlu.com   www.reserve-orlu.org

Office de Tourisme des Vallées d’Ax La Résidence 6 avenue T. Delcassé 09110 Ax-les-Thermes : Tel : 05 61 64 60 60 www.vallee-ax.com

Observatoire de la Montagne – Maison de la Réserve (balades nature, observation d’animaux, jeux de piste…) Les Forges d’Orlu 09110 Orlu . Tel : 05 61 03 06 06 www.observatoire-montagne.com

Ce reportage a été réalisé grâce à www.ariegepyrenees.com. Mes remerciements vont en particulier à Mado Goncalvès.

Vous aimez mon travail ? Permettez-moi de vous prévenir des prochaines parutions.