Dans mes lieux de prédilection, les Museum ont une place à part, peut-être issue de mon intérêt pour les sciences naturelles quand j’étais enfant. J’aime à leur rendre visite à chaque fois que possible à l’étranger comme en France. Ils ont tous une identité qui leur est propre. Celle du Museum d’Histoire Naturelle de Bourges m’a enchanté par son dynamisme et sa modernité qui en font un lieu profondément engagé, durable et responsable.

Créé au début du XXe siècle, ce Museum, finalement très jeune, végète au centre de la France sans qu’on y fasse véritablement attention. Avec le temps, il collectionne un peu plus de 150 000 spécimens témoignant de toute la biodiversité mondiale. De cette période restent de très beaux dioramas, poétiques et captivants.

Il faut attendre les années 80-90 pour que les autorités compétentes en la matière décident de le dépoussiérer et l’agrandir tout en choisissant une stratégie déterminante pour le futur des lieux. C’est ainsi qu’il se spécialise dès sa réouverture en 1989 dans l’étude des chauves-souris devenant rapidement la référence au niveau national.

Désormais riche de 2000m2 d’expositions permanentes dédiées aux sciences et à la nature et présentant trois à quatre expositions temporaires chaque année, proposant moults conférences, rencontres et animations ponctuant sa programmation, il traite de l’évolution des hominidés, de la place de notre espèce au niveau planétaire, de l’astronomie, de la phylogénie du vivant, de l’histoire de la planète Terre et de la biodiversité. Mais aussi et surtout, en cette terre du Berry, terre de sorciers, de légendes, il œuvre à dédiaboliser la chauve-souris et à montrer toute sa nécessité au sein de la biodiversité avec notamment tout un étage consacré au petit mammifère.

Concrètement, depuis maintenant trente ans, le Museum répond directement aux gens paniqués par la chauve-souris qu’ils viennent de découvrir dans leur demeure et reçoivent, ainsi, environ une trentaine d’appels par jour. Tous les milieux peuvent avoir à faire avec ce mammifère car dès qu’il y a des joints de dilatations, il y a des chauves-souris et le Museum intéresse chacun à l’animal, à sa fonction et à son fonctionnement…celles qui pendouillent la tête en bas,…les autres qui vivent resserrées les unes contre les autres… Cette sensibilisation hautement pédagogique délivrée avec patience et persévérance par les spécialistes de la question au Museum incite souvent le quidam à en parler naturellement autour de lui, et à venir au Museum comprendre encore mieux qui est la chauve-souris.

Ce petit animal, de son nom scientifique chiroptera, est un mammifère comptant 1400 espèces. Doué du vol actif, à distinguer du vol plané des écureuils par exemple, il se déplace dans les airs grâce à ses ailes formée d’une membrane de peau entre le corps, les membres et les doigts. Cet animal nocturne, est souvent capable d’écholocation (envoyer des sons et écouter leur écho) pour s’orienter dans le noir. Il n’est guère aveugle et peut facilement être ébloui ou perturbé par l’éclairage artificiel extérieur.

Il dort 20 heures par jour soit la tête en bas, soit bien serré contre ses congénères. En Europe, la chauve-souris est exclusivement insectivore. Elle avale tout ce qui est petit et qui vole et ingurgite ainsi une quantité impressionnante de moustiques chaque année. S’il ne fallait trouver qu’un intérêt à la chauve-souris, personnellement, je le vois ici dans la destruction massive et naturelle des moustiques. Certaines espèces sont migratrices, toutes hibernent…et, en France, toutes sont protégées.

Ainsi aujourd’hui, le Museum suit 2000 colonies de chauves-souris mais n’arrêtant pas là son action, est, par ailleurs, sollicité sur un certain nombre de projets d’aménagements du territoire pour lesquels il défend les intérêts de la chauve-souris. Par exemple, lorsqu’il s’agit d’éclairer un bâtiment, il favorisera le noir sur le 4ème pan de mur. Et tout en préservant l’habitat de la chauve-souris, ce geste permet aussi de réduire les coûts d’électricité et s’inscrit dans une logique environnementale.

S’inscrivant dans une révolution verte qui prône la réinstallation de la biodiversité et ainsi de la chaîne alimentaire naturelle, le Museum, avec à sa direction Sébastien Minchin, se veut durable – Tout ce qui est fait localement peut être déplacé et démultiplié, partout. – et responsable, abordant des graves sujets d’actualités, de société liés à l’Anthropocène. Ce dernier terme signifiant l’Ere de l’Homme et serait la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère.

En ce sens, l’exposition temporaire « Bouteilles à la mer/Message in a bottle, Changements climatiques et nouveaux continents » qui se poursuit actuellement jusqu’à la fin du mois de novembre correspond parfaitement à cette éthique, à cette exigence morale. Réalisée dans le cadre des 500 ans de la Renaissance en Centre-Val-de-Loire et de l’année des langues Autochtones de l’UNESCO, par les artistes Georges Nuku, sculpteur Maori et Mathieu Letessier peintre décorateur, elle met en parallèle d’une part le climat de la Renaissance – le petit âge glacière – et la découverte de nouvelles contrées lointaines et d’autres part, le changement climatique et l’état actuel du monde avec la disparition de certaines zones habités, l’émergence des continents de plastique dans les océans et la question des réfugiés climatiques.

Esthétique, lumineuse et magique, cette exposition m’a fascinée par sa beauté, son intelligence et la gravité des questions qui se posent implacablement lorsque l’on arrive à la fin de son appréhension… Par exemple : Les populations océaniques ne se déplacent plus sur des radeaux en bois mais sur des navires de plastiques et atterrissent sur des continents de plastiques… D’une façon vertigineuse, il est évident que tout devient plastique, que le corps absorbe le plastique, notre corps comme celui des animaux…

Aujourd’hui, nous sommes plus de 24 millions de personnes à nous interroger sur le climat… Que puis-je faire à mon niveau, pour changer les choses à mon niveau ? La force de cette exposition tient aussi au fait qu’aucun discours culpabilisant ou moralisateur n’est dispensé. Bien au contraire, subsiste finalement le vœu sous-tendu de s’entraider, de s’allier, de se rassembler pour agir pour se faire son propre avenir. En admirant, effarée certes mais lucide, les conséquences d’une voie tracée dès la Renaissance, j’aime à penser comme Georges Nuku et ses comparses Maori que le passé étant source d’enseignements il m’éclairera dans les gestes à accomplir pour affronter ce qu’est la réalité d’aujourd’hui et pour y remédier.

MON CARNET DE NOTES

Museum d’histoire naturelle de Bourges – Les rives d’Auron 18000 Bourges – ouvert tous les jours de 14h à 18h et de 10h à 12h du lundi au vendredi durant les vacances scolaires de la zone B – Tel 02 48 65 37 34 www.museum-bourges.net museum-accueil@ville-bourges.fr Les expositions sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

A voir jusqu’au 24 novembre 2019, la magnifique exposition temporaire  « Message in a bottle »

A visionner :  Chauve-souris mon amour  un film réalisé par Pauline Horovitz. https://rutube.ru/video/c4186135992675c77b7eb2023dc95df0/

Ce reportage a été réalisé grâce à Tourisme & Territoires du Cher. www.tourisme-territoiresducher.fr

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