Après la bouleversante nuit du 15 au 16 avril dont Notre-Dame de Paris sort courageuse et sublime…toujours… J’ai l’envie de vous parler du patrimoine architectural religieux du si joli département de l’Ariège. Riche, parfois surprenant, souvent poétique, à lui seul, il mérite une excursion dans ce département.

La chapelle Notre-Dame de Sabart

Aujourd’hui, je vous citerai en vrac et  sans ordre de préférence : l’église semi-rupestre de Vals dont l’entrée, comme dans un conte, se fait par la faille principale de la roche dans laquelle elle est construite sur trois niveaux, le clocher de l’église de Carla Bayle tout au nord du département, celui, faussement fortifié et accompagné d’un Christ ressuscité, de la chapelle Notre-Dame de Sabart à Tarascon sur Ariège, un calvaire au détour d’une route en pleine vallée d’Orlu ou encore la si ravissante église accompagnée de son abbaye-château à Camon, village secret et intemporel.

ci-contre : le clocher à Carla Bayle

Dans la vallée d’Orlu

Mais avant tout, je vous emmène, à nouveau à Mirepoix pour sa majestueuse cathédrale sur laquelle je vous avais promis quelques mots lors de mon article sur la belle bastide.

La cathédrale St Maurice doit son nom à la première église qui fut emportée dans l’inondation de 16 juin 1289. Celle que nous avons la chance de découvrir fût construite dès mai 1298 et sa construction dura six siècles !… Durant ce laps de temps impressionnant où de nombreuses tentatives pour achever son édification vont avorter, elle est instituée cathédrale par le pape Jean XXII en 1317 mais ce n’est qu’au XVIe siècle que l’évêque Philippe de Lévis décidera de travaux significatifs : agrandir l’édifice, l’embellir, construire son clocher abritant seize cloches et dont la flèche porte à 60 mètres de hauteur la croix terminale etc.

L’ère de Philippe de Lévis terminée, plus aucun évêque n’y vivra et l’Eblouissante sera plus ou moins abandonnée et pillée notamment pendant la Révolution Française… Quand Eugène Viollet-le-Duc et Prosper Mérimée décideront de la restaurer en 1858 et 1859, ils trouveront un édifice désaxé, dissymétrique et en piteux état… Ils font édifier des arcs-boutants en pierre, la voûte est enfin construire. La nef, élargie de 3,30 m et atteignant ainsi 21,40 m sera ainsi la plus grande et unique nef de style architectural gothique languedocien. Elle sera classée au titre, justement mérité, des monuments historiques le 22 mars 1907. Et je vous recommande vivement sa découverte, de mon point de vue, incontournable.

A quelques kilomètres à l’ouest de Mirepoix, l’église semi-rupestre de Vals se cache dans la roche. C’est ce qui lui donne son qualificatif de semi-rupestre : une église harmonieusement bâtie en partie dans la roche lui conférant une dimension naturelle et spirituelle fascinante… j’oserais ajouter : presque païenne au sens du paganisme, de ces temps anciens où la Vierge se confondait facilement avec les fées protectrices et autres génies tutélaires compagnons invisibles mais nécessaires à la vie du quidam.

L’insolite église de Vals vient de ces temps enfoncés dans l’ombre de l’Histoire dont elle jaillit, rare témoignage, d’une époque où l’on suppose – d’après certaines hypothèses émises à partir de la découverte de petites céramiques à parois fines – la pratique d’un culte remontant au début de l’Antiquité. Comme je l’ai écrit ci-dessus, on y accède par une faille dans la roche. Gravir l’escalier de pierre qui suit le mouvement naturel de la roche me donne le sentiment de pénétrer dans les entrailles de la terre ou dans un temple antique inconnu.

Cette église remarquable est construite sur trois étages. Les soubassements remonteraient à la fin de l’époque carolingienne. La nef supérieure a été remaniée à plusieurs reprises notamment sous l’égide de la marquise de Portes au XIXe siècle. Les deux niveaux supérieurs ont vu sur l’autel placé au premier niveau. L’ensemble est un mélange de rugosité et de pureté qui apaise toute âme en quête d’authenticité et d’intégrité…

L’abside conserve des fresques romanes évoquant la parousie et des scènes de l’enfance du Christ. Merveilleuses de rigueur et de beauté, réalisées avec des pigments délayés à l’eau et déposés sur un enduit frais, elles sont d’une qualité exceptionnelle. Ce qui impressionne, outre la qualité remarquable du dessin, sont probablement les yeux immenses des saints et du Christ me fixant avec une gravité infinie… Ainsi accompagnée, je découvre en silence ce lieu mystérieux, sombre, d’une sobriété qui m’émeut profondément, et qui mériterait à lui seul tout un article.

Un peu plus au sud entre Mirepoix et le lac de Montbel, je terminerai ma promenade du jour à Camon. Ce ravissant village de la vallée de l’Hers porte joliment le label des plus beaux villages de France. Détruit en 1289 tout comme Mirepoix, il renaît des eaux vers 1316 mais la légende de son église et de son monastère est antérieure et remonte à Charlemagne qui ordonna l’édification de ces lieux de culte en 778.

Je vous recommande vivement de venir en fin de journée à Camon. Doux, un peu hors du temps, encore appelé le village aux cent rosiers, il invite comme d’autres lieux dont je vous ai déjà parlé en Ariège, à un moment de flânerie qui s’harmonise à ravir avec la fin du jour. Ici, vos pas vous mèneront facilement vers la délicieuse église Ste Marie de Camon, étroite, longue, enserrée entre les bâtiments claustraux et le chemin de rond. Son abside ronde est sans transept mais elle est ornée de deux chapelles latérales. Le charme de cette église, éprouvée par le temps, patinée par la vie, au mobilier de très grande qualité dont un exceptionnel tabernacle à ailes, est incontestable.

L’une de ses deux sacristies, laissée ouverte lors de mon passage, est un petit miracle de poésie. Si la chance vous sourit… N’hésitez pas, poussez la porte…

En ressortant, je vous invite à découvrir l’abbaye-château juste à côté. Répondant au souhait de Charlemagne de voir ériger un monastère et une église en ces lieux, l’abbaye est référencée dès 923. Vers la fin du Xe siècle, l’agriculture se développant sur les collines autour de Camon, les moines proposent aux villageois de cultiver des céréales et des vignobles. Mais en 1279, Camon est détruit par la rupture du barrage naturel retenant le lac de Puivert.

Ce lieu magnifique de paix et d’élégance, est reconstruit sur ordre du pape Jean XXII lors de la création de l’évêché de Mirepoix en 1317. C’est Philippe de Lévis, toujours lui, qui fera réaliser les fortifications telles qu’elles sont aujourd’hui et les aménagements intérieurs très influencés par la Renaissance. Pendant la Révolution, les moines abandonnent le prieuré et les biens seront vendus.

Ce lieu enchanteur, pourvu d’intérieurs datant du XVIIIe siècle et magnifiquement restauré, est devenue la propriété de Katie et Peter Lawton un couple de sud-africain tombé amoureux de sa beauté. Pour le visiter, il vous faudra être accompagné obligatoirement d’un guide de l’office de tourisme.

Mais si cela vous est possible, et c’est bien mieux, restez-y dîner, la table gastronomique y est excellente, et dormir dans une des anciennes cellules coquettement douillettes vous offre une nuit pleine de charme. Vous en garderez un souvenir merveilleux. Tenant à la fois de l’hôtel et de la chambre d’hôtes prestigieuse, c’est une adresse à part que je vous livre comme un secret parfait pour vivre un moment intime et solennel à la fois.

MON CARNET DE NOTES

La cathédrale de Mirepoix est dans l’enceinte de la bastide à l’est du département de l’Ariège.

L’église semi-rupestre de Vals est à 12 km de Mirepoix à l’ouest. Réservation pour votre visite par groupe de 10 personnes : 05 61 68 83 76 ou visites@tourisme-mirepoix.com

Le village de Camon est à 43 km de Foix aux confins de l’Ariège et de l’Aude. L’abbaye-château 3 place Philippe de Lévis tel 05 61 60 31 23. www.chateaudecamon.com

Chapelle Notre-Dame de Sabart 1 impasse des Platanes 09400 Tarascon sur Ariège

La vallée d’Orlu est proche d’Ax les Thermes. 09110 Orlu.

Ce reportage a été réalisé grâce à www.ariegepyrenees.com. Mes remerciements vont en particulier à Mado Goncalvès.

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