La semaine dernière, je vous emmenais découvrir, tout particulièrement, trois merveilles du patrimoine architecturale religieux de l’Ariège dans le Pays de Mirepoix à l’est du département. Aujourd’hui, je vous invite à repasser dans le Couserans pour admirer plus précisément les cathédrales de St Lizier, pittoresque village dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article et la chapelle de St Pierre d’Ourjout à Bordes sur Lèz.

Romane et si baroque! : l’église Notre Dame de Vic

Mais auparavant, il me faut impérativement visiter l’étonnante et remarquable église de Vic d’Oust, elle aussi dans le Couserans. Tout en traversant le département d’est en ouest et passant par la vallée de Seix, je découvre quelques beautés paisibles ou plus dramatiques que la pluie met finalement très en valeur par sa grisaille.

A Oust, l’église de Notre-Dame-de-Vic m’impressionne par ce qu’elle offre au regard de juxtaposition des périodes qui, toutes, ont laissé leur empreinte, leur trace dans ces lieux. Ici, je suis devant un exemple rare, sur le territoire pyrénéen, de décorations et d’œuvres de l’époque baroque, si bien que Vic peut être considéré comme un résumé possible de l’intention religieuse et de l’esthétique de l’art catholique de la Contre-Réforme.

L’édification de cette église romane, considérée comme une des plus grande et des plus imposantes du Couserans, débute à la fin du XIe siècle et se poursuit sur le début du XIIe siècle. Il est, d’ailleurs, possible qu’elle ait été construite sur un lieu de culte plus ancien. La base est posée sur ces deux périodes : une nef unique étonnement longue, une abside voûtée en cul-de-four ou quart de sphère, une porte surmontée d’un chrisme, puis viennent deux bas-côtés étroits. Les hautes colonnes, très raffinées, sont construites durant le dernier tiers du XIIe siècle. Le sublime plafond peint à caissons en bois prolongé par de faux caissons n’arrivera qu’à la fin du XVIe siècle. Ses motifs, à priori toujours différents autour de la thématique de l’ange et des fleurs, se répètent, hypnotiques, à l’infini… Et c’est superbe !J’avoue que je ne m’en lasse pas.

Cette magnifique incursion baroque dans un lieu, somme toute, plutôt modeste au départ va se poursuivre durant le XVIIIe siècle. L’église est remaniée pour s’adapter à la liturgie et à l’esthétique de l’époque. Des peintures en trompe l’œil sont réalisées sur les piliers de la nef, les murs des bas côté et l’entrée de la voûte de l’abside. Le chœur reçoit un retable et le bâtiment est orné d’un bel ensemble de peintures dont la qualité d’exécution est incontestable et évoque bien plus le baroque romain que le style local.

A noter aussi, dans cette profusion artistique, un antependium, c’est-à-dire un devant d’autel servant à orner le dit- autel, en cuir de Cordoue et doré à la feuille d’or offert par les espagnols au XVIIe siècle et classé monument historique en 1911. Notre-Dame de Vic d’Oust figure sur les Chemins pyrénéens de l’art roman, peut-être fût-elle une étape sur les Chemins de St Jacques de Compostelle, elle est, en tous les cas,  incontournable dans toute découverte du patrimoine architectural de l’Ariège.

Au coeur d’un ravissant village, une beauté révélée: l’église de Saint-Pierre d’Ourjout.

Un peu plus loin à l’Ouest, le joli village de Bordes sur Lez offre une ravissante image d’Epinal juste avant de franchir le vieux pont qui enjambe le Lez. De l’autre côté, la chapelle Saint Pierre d’Ourjout livre ses trésors redécouverts récemment. Datant du XIIe siècle, cette chapelle ou église, j’avoue que j’ai dû mal à trouver un terrain d’entente entre les avis lus et collectés, si bien que je pencherai à dire que cette église a l’allure d’une chapelle, je disais donc, cette église est construite bien simplement comme la plupart des églises romanes en montagne : une abside voûtée en cul-de-four ou quart de sphère ouvrant sur une nef unique. Au cours du XVIe siècle, elle s’enrichit de deux chapelles latérales pour former un transept.

A l’intérieur, l’ensemble est orné de chapiteaux sculptés – parfois dans le goût fantastique cher au Moyen-Âge -, d’un très beau retable du XVIIIe siècle orné de figures dorées à la feuille contrastant sur un fond bleu clair, et surtout de peintures murales récemment découvertes sous un badigeon qui les recouvrait. Cinq figures de saints apparaissent accompagnées de cinq médaillons évoquant des signes du zodiaque (ci-dessous à droite ce qui serait lu comme la signe du zodiaque de la vierge). La pureté du trait, sa simplicité dénuée de tout bavardage inutile sont fascinants de beauté et méritent qu’on s’y attarde.

Au pied des montagnes du Couserans, à Saint Lizier, tout un patrimoine remarquable…

Quelques kilomètres plus au nord, je retrouve la très belle cité de St Lizier, ses deux cathédrales, son cloître, son Trésor et son Palais des Evêques. Comme je vous l’avais déjà signifié, il y a de quoi flâner, visiter, admirer, rêver à St Lizier. Deux cathédrales en une cité, et celle-ci n’est pas si grande tout de même, s’explique par le fait que Saint Lizier fût en deux villes jusqu’au XVIIe siècle. Chacune de ses villes juxtaposées eût donc sa cathédrale mais un seul évêque… bien chanceux au regard de la beauté de ces édifices ! Pourtant, en 1655, l’évêque Bernard de Marmiesse réunit les deux chapitres en un seul et la cathédrale inférieure, fût abandonnée en tant que telle pour devenir l’église de St Lizier et laisser à Notre-Dame de la Sède contigüe au Palais épiscopal la possession du seul titre.

Datant des XIe XIVe et XVe siècle et classée monument historique en 1886, l’ancienne cathédrale Saint Lizier située dans le bas de la ville est ornée d’un clocher octogonal en brique rouge de style toulousain, sans flèche et à l’allure un peu massive.

Si l’église est remarquable, mon inclinaison va au cloître du XIIe siècle. Emprunt de paix et de silence, il est le seul existant encore dans le département de l’Ariège et se situe au sud-ouest de la cathédrale, dans l’angle entre la nef et le croisillon sud du transept. Ses quatre galeries sont complètes et formées d’arcades romanes en plein cintre reposant sur des colonnes de marbre alternativement doubles et simples dont les chapiteaux sont ornés de sculptures. Les galeries sud et ouest dateraient de la consécration de l’église en cathédrale soit 1117 alors que les galeries nord et est auraient été reconstruites à la fin du XIIe siècle. On peut aussi y admirer des fresques toujours présentes.

Depuis ce cloître, et si par chance vous y pénétrez assez tôt dans la matinée, vous découvrirez le Trésor des Evêques baigné de lumière. Les pièces présentées sont, certes, somptueuses témoignant de la vie épiscopale de la cité : crosses du XIIe et XIIIe siècles, mitre en soie et fil d’or, boites à reliques, calices, ciboires en argent, croix, reliquaires et un très beau buste Renaissance de Saint Lizier lui-même et pourtant, je crois que ce que je préfère, c’est ce rayon de soleil qui enchante ce Trésor et lui donne une beauté plus éphémère mais si spirituelle…

Sur les hauteurs dominant la cité, attenant au Palais des Evêques, la cathédrale Notre-Dame-de-la-Sède est inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO tout comme les principaux monuments de la ville. Longtemps inaccessible, depuis 2011, elle dévoile un ensemble pictural magnifique de grâce.

Ce décor réalisé à base d’ocre, de charbon et de chaux date de la Renaissance est dessiné à même les voûtes et les murs de l’édifice lui conférant à juste titre le surnom de « chapelle Sixtine ariégeoise ».

C’est lors du démontage des boiseries pour restauration que l’on découvrit l’existence de ces peintures murales recouvertes de badigeons et des boiseries du XIXe siècle. Les plus anciennes remonteraient au XIIe siècle mais le corps principal de l’œuvre est réalisé sous l’épiscopat de Jean d’Aule (1475-1515). Sur les voûtes, on peut facilement reconnaître douze figures féminines représentant des Sibylles. Dans l’Antiquité, on considérait que ces femmes avaient le don de prophétie. Par la suite, les Pères de l’Eglise ont lu dans leurs prophéties l’annonce de la venue du Christ. On retrouve aussi les Pères des douze tribus d’Israël, quant à l’Arbre de Jessé, traditionnellement l’arbre généalogique du Christ, celui-ci est peint sur le mur sud de la cathédrale. Sur le mur nord sont figurés différents épisodes de la vie de saint Jacques le Majeur.

En sortant de la cathédrale et en se dirigeant sur les terrasses, depuis ce belvédère, le Palais des évêques, tour à tour évêché, prison et même hôpital psychiatrique, offre une vue exceptionnelle sur les Pyrénées ariégeoises.

MON CARNET DE NOTES

Pour visiter l‘église de Notre-Dame-de-Vic à Oust (09140), vous trouverez tous les renseignements auprès de l’Office de tourisme Couserans-Pyrenées http://www.haut-couserans.com/Oust/index.php. Ne pas hésiter à s’adresser à la fondation Vic-en-Couserans qui organise des visites régulièrement voire tous les jours en été.

L’église Saint Pierre d’Ourjout à Bordes-sur-Lèz (09800) se visite tous les jeudis de 14h à 16h. http://patrimoine-bordes.pagesperso-orange.fr/

Enfin, à Saint Lizier, vous pouvez visiter l’église de St Lizier, son cloître, son Trésor, l’ancienne cathédrale Notre-Dame-de-la-Sède, le parc du Palais des Evêques et le musée départemental foisonnant et installé dans le Palais des Evêques. Il retrace l’histoire des lieux de l’antiquité au XIXe siècle. tourisme-stgirons-stlizier/fr/ ou https://www.ariege.com/que-visiter-en-ariege/art-roman/saint-lizier

Ce reportage a été réalisé grâce à www.ariegepyrenees.com. Mes remerciements vont en particulier à Mado Goncalvès.

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