Le cœur de Bourges est constitué de rues piétonnes, pavées et de maisons à pans de bois du XVe siècle. Cette ville d’Art et d’Histoire en compte 440 et ce chiffre remarquable créée un contexte très particulier de véritable promenade dans un autre temps. Au milieu de ces demeures, en plein centre, somptueuse, splendide, incontournable – et je pourrais être à court de superlatifs pour qualifier cette merveille – est posé le Palais Jacques Cœur l’un des plus remarquables édifices de l’architecture civile du XVe siècle. Ce chef d’œuvre du gothique flamboyant a été imaginé, voulu, par Jacques Cœur. Cette personnalité originaire de Bourges, issue d’un milieu modeste et devenu argentier du roi Charles VII est une figure fascinante. « A vaillant cœur, rien d’impossible », c’est lui !

Fils d’un maître fourreur et marchand pelletier, Jacques Cœur est né à Bourges en 1400. Son père l’initie tôt aux affaires ce qui le prédispose à devenir l’excellent homme d’affaires qu’il sera durant toute sa vie d’adulte. Son union avec Macée Léodepart fille du prévôt de Bourges lui donne la première impulsion pour initier l’ascension fulgurante qui sera la sienne. Il fait ses expériences à la Monnaie de Bourges puis à Paris où le roi l’appelle. En 1432, il développe le commerce entre la France et l’Orient de façon particulièrement novatrice si bien que Charles VII, impressionné, le nomme argentier en 1438.

Être argentier signifie entre d’autres termes intendant, ainsi Jacques Cœur assure l’approvisionnement et la garde des objets, meubles et vêtements précieux de la cour. Il accorde à ce service une importance considérable tant par le choix, la qualité et le luxe de ses fournitures que par l’extension de sa clientèle. Par exemple, il ouvre son magasin aux officiers militaires et civils, leur accordant si nécessaire d’indispensables crédits et même des prêts sur gage. Jacques Cœur porte son titre de Grand Argentier comme un titre d’honneur et élève cette modeste profession à un rang inconnu jusque là. De part les qualités de son office, son dévouement au roi et le zèle si intelligent qu’il met dans ses affaires,  il est anobli par Charles VII qui a pour lui une véritable affection.

Emprisonné, jugé, cet homme de cinquante ans reconnaîtra tous les chefs d’accusation levés contre lui sauf l’empoisonnement d’Agnès Sorel. Sa condamnation à mort est commuée en bannissement perpétuel mais après trois années d’emprisonnement rigoureux, Jacques Cœur s’évade et est accueilli à Rome par le pape Nicolas V, début mars 1455. Il décède sur l’île génoise de Chio en mer Egée, lors d’une dernière croisade, sans gloire, le 25 novembre 1456 alors qu’il oeuvrait pour le compte du successeur de Nicolas V, le pape Calixte III.

Mais revenons au fait de sa réussite, vers 1440, riche et puissant, Jacques Cœur étend ses acquisitions à de nombreux châteaux notamment dans le Berry. Pourtant il souhaite une demeure qui soit digne de son prestige dans sa ville natale. Il commande, alors, un lieu de résidence tenant à la fois du logis seigneurial et de l’hôtel urbain, profondément inspiré par la Renaissance italienne que l’argentier a maintes fois contemplé dans ses voyages.

Bâtie sur un terrain de 8000m2, avec pour noyau central le donjon féodal d’une ancienne seigneurie, cette Grand’maison a peu d’équivalent dans sa catégorie de résidence civile médiévale. Elle répond à un cahier des charges, établi en 1443, particulièrement avant-gardiste préfigurant ainsi les hôtels particuliers Renaissance qui verront le jour plus tard.

Son architecture très aristocratique mêle somptueusement des inspirations gothiques (lucarnes, voûtes d’ogives, arcs en accolades, tympans, allèges de fenêtre…) issues des demeures de Jean de Berry, la symbolique royale, les éléments des armes de Jacques Cœur et des représentations réalistes de la vie quotidienne ou issues de ses souvenirs de voyage. Pour autant, tout est pensé pour être fonctionnel. C’est ainsi que j’y contemple les premiers escaliers à vis construits dans les tourelles dès la fin de la période médiévale, des équipements de conforts jusque là très rares, tels : une étuve pour la toilette, des vestiaires, un office avec passe-plat, une salle de chauffe, des cheminées dans chaque pièce, une distinction très nette entre les pièces d’apparat et les appartements privés, une circulation novatrice entre les galeries, les couloirs et les escaliers…

Jacques Cœur ne verra jamais sa Grand’maison terminée et ne l’habitera pas car le bien lui sera confisqué lors de son procès. Plus tard, le bâtiment sera successivement rendu à sa famille, puis vendu, habité par le roi Charles IX et sa mère Catherine de Médicis, le clan des Condé puis par Colbert, pour enfin devenir un bâtiment administratif de la ville de Bourges notamment le Palais de Justice dont on retrouve certaines traces, voire certains méfaits dans les lieux mais qui laissera aussi l’appellation Palais convenant si parfaitement à cette somptueuse demeure.

Classé monument historique dès 1840, sous l’impulsion d’un rapport affligé de Prosper Mérimée quant aux dommages innombrables qu’il note lors de son inspection en 1837, le Palais Jacques Cœur devient propriété de l’Etat en 1923. Aujourd’hui, il se visite avec délectation car chaque guide narre avec finesse et humour, l’histoire et du personnage et des lieux foisonnants de beautés décoratives, d’intelligences architecturales. Dans les combles, une magnifique installation d’art contemporain achève de me séduire, exaltant la magnificence des lieux, le caractère exceptionnel de son auteur et la dimension romanesque de sa vie.

MON CARNET DE NOTES

Palais Jacques Cœur –10 bis rue Jacques Cœur 18000 Bourges tel 02 48 24 79 42 – www.palais-jacques-cœur.fr – Ouvert tous les jours de 9h30 à 12h et de 14h à 17h30 sauf les 1er novembre, 11 novembre, 25 décembre et 1er janvier. Tarif à partir de 8 euros. à noter les 27 et 28 décembre à 15h : Le Palais en Musique. Conte Musical à partir de 7 ans. réservation obligatoire.

Se restaurer à Bourges : La gargouille – bistro.resto -108 rue Bourbonnoux 18000 Bourges Tel 02 48 23 59 bistro.lagargouille@gmail.com ou Cake Thé 74 bis rue Bourbonnoux Passage des Remparts 18000 Bourges tel : 02 48 24 94 60 du mardi au samedi 12h-14h/15h30-19h et le dimanche de 15h à 19h.

Dormir à Bourges : Au Coeur de Bourges – M. et Mme Boudet – 10 rue de l’Hôtel Lallemant – 18000 Bourges. Tel : 02 48 24 64 10. Une très belle chambre d’hôtes dans un hôtel particulier. ou Au n°1. Blandine Voisin – 1 rue Albert Hervet – 18000 Bourges tel : 06 29 22 17 67

Ce reportage a été réalisé grâce à l’aimable autorisation du Centre des Monuments Nationaux et à Tourisme & Territoires du Cher. www.tourisme-territoiresducher.fr et à Bourges Berry Tourisme 21 rue Victor Hugo 18000 Bourges. Tel : 02 48 23 02 60 www.bourgesberrytourisme.com .

Vous aimez mon travail ? Permettez-moi de vous prévenir des prochaines parutions.