En mai dernier, j’ai eu la chance de faire un voyage de quelques jours sur les traces du peintre Henri de Toulouse-Lautrec dans son pays d’origine. Je vous en offre aujourd’hui, une introduction car il faut bien plus que quelques jours pour appréhender non seulement ce peintre et affichiste de génie mais aussi les différents lieux où ce joli périple m’a menée tels l’abbaye de Sorèze, Lautrec ou Albi méritant chacun un arrêt et des mots plus conséquents.

L’abbaye-école de Sorèze

Au sud d’Albi, non loin de la belle ville de Castres, l’abbaye-école de Sorèze cache une histoire passionnante. Abbaye bénédictine au Moyen-Age, école Royale Militaire au 18ème siècle puis collège privé sous l’égide du Père Henri Lacordaire, elle accueille des élèves du monde entier – dont le père de Toulouse-Lautrec – jusqu’en 1991.

Fondée sous Pépin le Bref en 754, cette abbaye vécût moult aventures, de nombreux assauts, pillages et finalement renaît en 1638 en prenant son visage définitif, celui que nous lui connaissons aujourd’hui, un bâtiment de style classique en pierre de taille du pays, une pierre un peu rose, un peu or, d’une belle élégance. Elle devient un collège dès 1682 et la qualité de l’enseignement y est telle que Louis XVI en fait une école militaire à partir de 1776.

Les jeunes aristocrates sont ainsi formés et éduqués tant sur le plan culturel que physique pour y devenir des gentilshommes accomplis. L’école devient privée en 1793 et accueille à sa direction le formidable pédagogue qu’est le Père Henri Lacordaire de l’ordre des dominicains en 1854. Le père de Toulouse-Lautrec, Alphonse Charles comte de Toulouse-Lautrec et de Montfa profitera donc de ces enseignements puisqu’il fera parti de la promotion 1855-1857.

Cet édifice, classé au titre des Monuments Historiques depuis 1988, se visite avec émotion. Les salles de réception sont somptueuses, quel plafond merveilleux, quel décor ! Et les salles de classe, les dortoirs sont profondément émouvants, sensibles et impressionnants. La chambre du fameux prieur le Père Lacordaire est aussi très belle. La découverte est riche et il est aisé de s’imaginer à la place des élèves, de se penser soi, là, dans ce lieu à la fois austère, rigide et où, pourtant, certains joyeux lurons devaient y semer plaisanteries et farces nécessaires à la respiration de chacun.

Contrairement à son père, Henri, le futur peintre, n’y fera pas ses classes. D’ailleurs il n’intégrera jamais aucune école pour suivre un cursus scolaire classique. Des problèmes de santé dus à la consanguinité de ses parents, cousins au premier degré, l’empêcheront d’être sur la voie tracée et habituellement privilégiée par les membres masculins de sa famille. C’est en 1882 qu’il entrera dans l’atelier de Léon Bonnat à Paris et l’année suivante, il intégrera celui de Fernand Cormon. Puis-je imaginer que ses limites, ses handicaps seront la voie de sa transcendance et ce qui lui permettra de devenir l’artiste qu’il fût ?

Lautrec

En remontant vers Albi, le village de Lautrec est une halte incontournable. Fondé en 940, cette belle cité médiévale en Pays de Cocagne doit sa notoriété aux grandes familles aristocratiques dont sont issus les ancêtres de Henri de Toulouse-Lautrec. Foisonnante comme un livre d’histoire, elle porte, à juste titre, le label des plus beaux villages de France.

Sur les quelques heures que j’y ai passé avec d’autres collègues journalistes, j’ai pu visiter la collégiale St Rémy classée Monument Historique pour ses trompe l’œil, son maître-autel en marbre et son lutrin… Flâner dans les rues…

Croiser un étrange cavalier…

Grimper jusqu’au moulin à vent du XVIIe siècle.

…qui surplombe le village tout rose et offre une si jolie vue.

…Et comprendre, enfin, la raison de la curieuse appellation Pays de Cocagne durant ma visite chez une artisan-pastellière.

Si dans le langage populaire, on donne à l’appellation Pays de Cocagne une origine imaginaire faisant de ce pays une sorte de paradis terrestre où la nature abonde, généreuse en ressources de tout genre permettant fêtes perpétuelles et où le travail est proscrit. Dans les faits, le Pays de Cocagne auquel appartient le village de Lautrec, et qui se délimite sur le territoire Albi-Carcassonne-Toulouse, hérite son nom de la boule de feuilles écrasées et compactées à la main par les cultivateurs du pastel. Cette boule mise à sécher était ensuite vendue aux fabricants de la teinture au pastel qui donne ce bleu allant du bleu doux au bleu nuit. Le prix de cette boule était si élevé que toute la filière de pastel sur ce triangle de production devint extrêmement riche, d’où l’appellation donnée populairement à cette région de Pays de Cocagne. Cocagne provenant de l’occitan cocanha.

A Lautrec…encore… après la découverte du bleu pastel incontournable, il est impossible de ne pas déguster l’ail rose pour lequel ce très beau village médiéval est aussi célèbre. Faites un essai d’appréciation, et de choix, au joli et délicieux restaurant Le jardin du clocher, vous ne serez pas déçu… C’est bon !…

Et en repartant vers Albi, n’oubliez pas votre tresse d’ail rose. Personnellement je le cuisine « en chemise » avec délectation. Je trouve cela bien meilleur que la moindre sucrerie ! Très exubérant, Henri de Toulouse-Lautrec était un joyeux bon vivant aimant à recevoir ses amis et à cuisiner pour eux. Je gage et j’espère et j’imagine qu’il leur faisait parfois découvrir les délices culinaires de son pays d’origine… L’ail rose pour sa finesse et sa délicatesse a dû probablement se retrouver souvent à sa table…

(…Vous retrouverez la suite de mon voyage sur les traces de Toulouse-Lautrec sur ce blog, le 13 juillet prochain…)

MON CARNET DE NOTES

A visiter : Abbaye-école de Sorèze/musée Dom Robert Rue Saint-Martin – 81540 Sorèze Tel : 0563508638 email : abbaye-ecole.soreze@tarn.fr www.abbayeecoledesoreze.com

Office de Tourisme Intercommunal du Lautrécois – Pays d’Agout tel : 05 63 97 94 41 www.lautrectourisme.com

Restaurant : Le jardin du clocher – 4 rue de la Rode – 81440 Lautrec. Réservations au 0983655456 lejardinduclocher@gmail.com ouvert tous les jours sauf le lundi de 12h à 14h et de 19h à 22h.

Ce reportage a été réalisé grâce à www.tourisme-tarn.com