Les lecteurs de mon livre Le mouchoir de la duchesse, voyage au coeur de l’artisanat d’art connaissent mon inclinaison, je dirai même mon affection pour les artisans.

En Ariège, dans la Vallée de Bethmale, j’ai découvert Pascal Jusot sabotier de son état. Les histoires des artisans, ou plus exactement de ces hommes et de ces femmes qui choisissent d’apprendre un savoir-faire artisanal et de tradition est bien souvent l’histoire d’un amour pour une pratique, d’une découverte d’un art provoquant une telle émotion en eux, qu’il leur faut lui consacrer leur vie. Pascal Jusot ne fait pas exception. Adolescent, il passe de longs moments chez les deux sabotiers officiant à Castillon au début des années 80. Devant sa fascination, l’un des deux accepte de le former sur le tas puisqu’il n’existe pas de formation officiel à ce savoir-faire. Son apprentissage dure trois ans au terme duquel il s’installe à son compte. C’est dans son bel atelier niché au creux d’un virage sur une petite route qui serpente vers les hauteurs du village que je l’ai rencontré.

Pascal m’explique tous les avantages du port d’un sabot en bois. Je vous les cite sans préférence :

– Les sabots sont une chaussure saine et naturelle avec laquelle on marche très bien.

Le bois est bien meilleur pour la santé du pied que le plastique qui crée des champignons et ne protège pas (Alors, au jardin : exit les crocs et vive les sabots !)

– Le sabot est facile à porter mais il doit avoir une voûte plantaire bien dessinée et un pied droit distinct du pied gauche. Si on ne peut les distinguer ce n’est pas un bon sabot même s’il est beau.

– Ses propres sabots sont faits avec un bois local, le cuir est acheté dans une tannerie française et la teinte est faite dans l’hexagone. Tout est donc parfaitement made in France.

Aujourd’hui, dix à douze artisans sabotiers exercent en France. Selon les régions, les sabots sont plus ou moins fins, plus ou moins pointus et les essences de bois varient bien évidemment.

Les sabots de Bethmale, dont Pascal Jusot maîtrise parfaitement la fabrication ce qui lui vaut d’avoir le label national : Entreprise du patrimoine vivant, sont des sabots d’apparat pour les danseurs ou bien les collectionneurs d’art populaire. Ce sabot entièrement fait à la main est un sabot de montagne sans talon permettant ainsi de faire bascule pour monter et descendre les pentes sans se tordre le pied. De profil, il a une forme de croissant de lune lui donnant un aspect gracieux et féérique.

Pourtant, nostalgique du sabot de mon enfance quand je me promenais en jupe longue dans les marécages, je louche sur ses beaux sabots dits de jardin dont je vous livre ici les 17 étapes de la fabrication :

1. Pascal coupe son bois à l’automne en lune descendante car c’est le moment où la sève descend.

2. Le bois est stocké dans la cour de son atelier devenant ainsi un bois vert.

3. Ensuite, nettoyé de la terre, Pascal tronçonne des rondins en fonction de la longueur des futurs sabots. Taillés dans le pied d’un arbre, les sabots seront plus lourds et plus solides.

4. Une fois dans l’atelier, notre sabotier trace la circonférence de chaque modèle et de chaque pointure avec un gabarit sur les rondins.

5. Il fend les rondins à la circonférence en évitant le cœur du bois, les nœuds et les creux.

6. Il les fend à nouveau à la scie à ruban en les tenant verticalement.

7. Pascal scie les ébauches en commençant par les plus grosses pointures.

8. Les ébauches sont centrées sur la façonneuse, celle-ci fonctionne en copiant à l’identique un modèle fait entièrement à la main.

9. Après ce façonnage, le sabot est placé dans la creuseuse qui travaille à l’aide d’un gabarit et creuse à la cuillère l’intérieur du sabot.

10. Le sabot est mis au séchage pendant 3-4 mois dans l’atelier à une température douce et constante.

11. Pascal prend le sabot désormais sec et le finit au paroir pour rattraper les défauts des machines et du séchage, réaliser la pointe, le talon et finir la forme extérieure du sabot.

12. Il creuse, cette fois-ci à la main, l’intérieur du sabot avec des cuillères.

13. Ponçage intérieur et extérieur.

14. Pose (ou non) du vernis.

15. Pose des caoutchoucs, à l’extérieur, pour protéger les talons.

16. Pose des brides en cuir.

17 Gravure des épis de blé emblème de Pascal Jusot et signature sur chaque sabot.

Ce joli et confortable sabot de jardin en bois peut être couvert (tout en bois), demi-couvert (avec une bride en cuir sur le dessus) ou découvert ajouré (avec une bride en cuir à l’arrière). On peut mettre un chausson en feutre à l’intérieur sur certains modèles de sabots et les pointures vont du 28 au 47 avec un coût oscillant de 43 euros à 62 euros la paire. Ah… petite précision d’importance, un sabot peut être à bout rond ou à bout pointu sachant que la pointe d’un sabot permet de se décrotter les semelles des sabots, idéal donc pour le jardinage !

MON CARNET DE NOTES

Il est possible de visiter l’atelier de Pascal Jusot et de découvrir sa boutique. Tel : 05 61 96 78 84. ou de commander sa paire de sabots sur son site : artisan-bois-sabots.fr/wp/

Ce reportage a été réalisé grâce à www.ariegepyrenees.com. Mes remerciements vont en particulier à Mado Goncalvès.

Le mouchoir de la duchesse, voyage au coeur de l’artisanat d’art. de Bérengère Desmettre. Préface Noëlle Bittner. Editions Riveneuve. 206 pages, un glossaire, des adresses…

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