Pour ouvrir l’année nouvelle qui ne pourra être que meilleure que celle que nous venons de quitter, je vous propose de suivre, retrouver, découvrir l’histoire de Jean-François de Lapérouse, un des explorateurs les plus célèbres au sein des très courageuses expéditions que l’homme a mené et mène encore depuis des siècles pour comprendre la terre. Depuis 1988, donnant sur le square de Botany Bay ayant une vue magnifique sur Albi, sa ville natale, un petit musée lui est entièrement consacré.  

Pousser la porte de ce musée, c’est entrer dans une grande page de l’histoire maritime de la fin du XVIIIe siècle et faire, par là même, un extraordinaire voyage qui ravira les amoureux d’Histoire, de navigation, de mer, de sciences, d’Ailleurs mystérieux, fascinants mais aussi terribles… Tout à fait accessible aux enfants, je le recommande chaudement car il n’y pas mieux que sentir, voir par soi-même – et non seulement dans les livres – pour comprendre une destinée, une mission et se passionner ainsi pour un monde, un courage

Jean-François de Galaup de Lapérouse est né le 23 août 1741 au château du Gô. Après des études secondaires au collège des jésuites d’Albi, il entre aux Gardes de la Marine à Brest où il poursuit ses études de 1756 à 1763. Dès 1757, il est attaché au service du chevalier de Ternay sous les ordres duquel il participe notamment à la Guerre de Sept ans au Canada, puis qu’il accompagne durant cinq années à l’Île-de-France (actuelle île Maurice) ce qui lui permet de naviguer dans l’Océan Indien. Il prend part à la défense contre les pirates de la ville de Mahé en Inde, et sera décoré, pour ce fait, de la Croix de Saint-Louis.

Au cours de ce long séjour en Mer des Indes, il rencontre la jeune et ravissante Eléonore Broudou et en tombe profondément amoureux au grand dam de son père Victor-Joseph de Galaup qui ne comprend guère cette attirance irréfléchie pour une femme de quinze années sa cadette et sans particule nobiliaire. Jean-François s’incline, patiente, accepte de rencontrer mademoiselle de Vésian que ses parents lui destinent et qui a tout pour elle sauf de n’être pas Eléonore tant aimée. A force d’attente, et à un Jean-François qui lui rend sa parole, cette dernière s’apprête à prendre le voile cachant son désespoir sous une dignité qui ne lui fera jamais défaut. Mais, devant cette noblesse de coeur sans récrimination et sans plainte, Jean-François, revenant  de la Guerre d’Indépendance américaine, court rejoindre Eléonore, installée en métropole depuis quelques temps déjà. Il l’épouse le 8 juillet 1783 à Paris.

Copie du portrait de Eléonore Broudou – Anonyme.

Entre temps, il a dirigé une expédition en baie d’Hudson dont le but était de détruire des comptoirs anglais. La réussite de cette expédition et l’humanité dont il a fait preuve à l’encontre des prisonniers traités avec « la même bonté que les gens de son équipage » comme vis à vis des Indiens ayant fui à qui il a laissé des vivres et des armes pour leur survie durant l’hiver à venir lui attire les félicitations du ministre. Louis XVI lui accorde une pension de 800 livres, le Congrès américain l’admet dans la Société des Cincinnati.

Devenu un excellent navigateur, brillant combattant, très intéressé par les disciplines scientifiques et l’esprit des Lumières, rigoureux et humain à la fois, Jean-François de Lapérouse réunit toutes les qualités et l’expérience qui vont décider Louis XVI, roi passionné par les sciences et la géographie à lui confier un grand voyage de découvertes autour du monde.

Copie – Louis XVI donnant ses instructions à Lapérouse (reconstitution de l’audience) de Nicolas MONSIAU 1817 – original conservé au Musée du Château de Versailles

En ces années 1780, deux questions demeurent : Existe-t-il un immense continent austral au pôle Sud ? Existe-t-il un passage par le nord entre l’Atlantique et le Pacifique ? Les prédécesseurs de Lapérouse dont je citerai ici le célèbre portugais Magellan qui effectua le premier tour du monde de 1519 à 1522, l’Anglais Drake qui fit de même de 1577 à 1580, le Français Bougainville qui, deux siècles après ces grands peuples de navigateurs que sont les Portugais et les Anglais, fit lui aussi un tour du monde de 1766 à 1769 et James Cook, effectuant pas moins de trois voyages autour du monde de 1766 à 1772, ont tous réalisé de nombreux exploits. Mais, après l’assassinat de Cook à Hawaï, ces questions demeurent toujours sans réponse. Louis XVI souhaite à la fois faire de nouvelles découvertes, mettre en place divers intérêts commerciaux, permettre aux sciences de progresser et montrer aux Anglais que la France est aussi une grande puissance maritime.

Toutes ces questions de la vie maritime du XVIIIe siècles, du travail déjà accompli par ses prédécesseurs et ces épisodes de la vie de Jean-François de Lapérouse, sont abordés dans les divers éléments exposés dans le petit musée albigeois. Ainsi je découvre les préparatifs dont font l’objet les deux bateaux de transports transformés, élevés au rang de frégate et rebaptisés pour l’expédition : La Boussole et l’Astrolabe.

Chacun transporte environ 110 hommes soit des officiers, des matelots, des domestiques mais aussi des savants et des artistes car toutes les disciplines scientifiques ont intérêt à cette expédition. Dans la vaste mission confiée à Lapérouse, il faut non seulement étudier les ressources économiques exploitables de la mer ou des pays visités qu’ils soient ou non colonisés,  mais aussi, compléter, enrichir les connaissances géographiques et les connaissances humaines absolument dans toutes les sciences.

Chaque bateau transporte 1000 tonnes de matériel allant, bien évidemment, des voiles aux plantes et graines prévues pour être données en aide aux autochtones, en passant par les biscuits de mers, le poisson séché, une vingtaine de cochons, une dizaine de vaches, des fruits, du vin, du sel, des instruments scientifiques, des chaloupes et j’en oublie… Les savants travaillent dans de minuscules pièces, la promiscuité est le lot commun de tous les voyageurs.

La Boussole et l’Astrolable quittent Brest le 1er août 1785. Voici, ici dans les (très) grandes lignes, le parcours réel effectué par les navires et leurs passagers. La première escale à Madère a lieu quelques jours plus tard, suivie d’un autre à Tenerife, elles ont, principalement, pour but le chargement du vin nécessaire au voyage. Ensuite, l’expédition s’arrête à l’île Sainte Catherine (Florianopolis) au Brésil, puis à Conception au Chili et arrive le 8 avril à l’Île de Pâques. Ensuite, Lapérouse fait une halte précautionneuse et méfiante à Mowee dans l’archipel d’Hawaï. Il faut dire que l’une des îles fut le théâtre de la mort terrifiante de Cook et depuis, pas un navigateur ne s’y est arrêté. Le 2 juillet 1786, les deux frégates atteignent Port des Français (Lituya Bay) en Alaska et y restent une longue escale de presque un mois. Le lieu étant l’un des points précis d’exploration économique, scientifique et géographie sur lequel repose ce voyage.

Ensuite, il y a Monterey, Macao en Chine pendant plus de 33 jours, le naturaliste Jean-Nicolas Dufresne y est débarqué pour rapporter en France le journal de la première partie de l’expédition. Puis, les frégates sont obligées de s’arrêter le 25 juin 1787 sur les côtes de la Manche de Tartarie car la profondeur de l’eau a particulièrement diminuée. C’est en explorant les alentours que Lapérouse découvre un détroit qui portera son nom.

En Russie, au port de Saint-Pierre & Saint-Paul (Petropavlovsk), Barthélémy de Lesseps quitte l’expédition et traverse 16 000 km seul pour ramener à Versailles tous les documents, dessins, journaux, cartes déjà finalisés, ce qui est, en soi, une autre aventure bien courageuse qu’il accomplira en 13 mois !

De leur côté, les deux navires arrivent le 9 décembre 1787 à l’Île Tutuila dans les Îles des Navigateurs (Îles Samoa) où ils subissent une attaque des indigènes. Douze hommes sont tués dont le commandant de l’Astrolabe : Fleuriot de Langle. Après cette tragédie, Lapérouse jette l’ancre à Botany Bay en Australie. Il en repart le 10 mars 1788, dernière fois où l’expédition sera vue... En juin de la même année, ils font naufrage à Vanikoro, une île du sud de l’archipel des Îles Santa Cruz dans la mer de Corail.

Le musée Lapérouse d’Albi est une parfaite introduction pour appréhender cette extraordinaire odyssée si riche en découvertes, aventures, rebondissements, terribles et fascinants !…

Les 600 pièces exposées – dont : diverses maquettes de navires, tableaux, instruments nautiques, armes, cartes, uniformes, portrait de la belle Eléonore ou du père de Lapérouse, illustrations, très beaux objets d’art océanien, mappemonde de 1745, vestiges du naufrage etc. – sont la possibilité, pour le lieu, de développer des pans conséquents de cette exploration décrits avec de nombreux détails, étape par étape et qui rendent la visite passionnante et prenante ! En sortant, je n’avais qu’une envie me plonger ardemment dans un livre reprenant tout ce que je venais de découvrir, et l’approfondissant.

Après le drame, les recherches se sont succédé pendant une bonne quarantaine d’années, en vain. Il faudra attendre la fin des années 1820 pour que le mystère qui entoure la disparition de La Boussole et de l’Astrolabe commence lentement à s’éclaircir et que l’on remonte du fond des eaux divers éléments dont certains comme un service en étain, un bougeoir, une boucle de chaussures m’émeuvent tout particulièrement pour ce qu’ils narrent de la quotidienneté sur les eaux du monde d’une vie humaine qui fût, avec ses défauts certes mais aussi d’infinies qualités, curieuse et profondément courageuse pour s’embarquer ainsi dans l’aventure.

Mon Carnet de Notes

A visiter

Musée Lapérouse – 41 rue Porta Square Botany Bay 81000 Albi. Accès partiel aux handicapés. Tel 05 63 49 15 55 contact@musee-laperouse-albi.fr www.mairie-albi.fr

A lire

La vie de Lapérouse. L’appel d’un destin de John Dunmore. Ed Privat. est un ouvrage considéré comme absolument irréprochable sur le sujet.

L’expédition Lapérouse, une aventure humaine et scientifique autour du monde de Bernard Jimenez ed Glénat. Je me suis régalée avec ce livre riche en illustrations et textes écrits par un passionné du sujet qui est parti sur les traces de Lapérouse et nous racontant ainsi ce qui s’est passé, nous dit aussi, aujourd’hui, ce qu’il en est des lieux où il fit escale. Un magnifique pont entre le temps de Lapérouse et le nôtre, nous rendant Lapérouse et son voyage particulièrement attachant.

La malédiction Lapérouse 1785-2008. Sur les traces d’une expédition tragique. Présentation de Dominique Le Brun Ed Omnibus. On retrouve dans ce livre passionnant les instructions secrètes de Louis XVI, tout ce qui est arrivé jusqu’à nous du journal de J-F. de Lapérouse, sa dernière lettre, l’enquête reconstituée…

L’incroyable voyage de M. Lapérouse de S. Human et E. Cerisier ed Gulf Stream. Cette bande dessinée est à mettre entre toutes les mains !

Si vous ne trouvez pas ces ouvrages au musée, il est possible de les acquérir à la librairie @ttitude située face du lycée Lapérouse. 21 Lices Georges Pompidou 81000 Albi

Se restaurer

Non loin du musée, Le Pont du Tarn propose une cuisine gastronomique au sein d’un concept prônant la transparence et la sécurité alimentaire impliquant une traçabilité des produits locaux respectant notamment l’environnement, la santé et le bien-être animal. Les fleurs sont de la partie et le goût de la lavande mêlée au fromage fondu m’est délicatement resté en bouche avec suavité. Ouvert du jeudi au lundi. 3 rue de la Grand’Côte 81000 Albi Tel 05 63 76 83 95 https://www.lepontdutarn.com

Se loger

A l’Hôtel Alchimy Albi, contemporain, confortablement, élégant,  et avec ce petit quelque chose qui permet de se sentir « chez soi », cet hôtel est idéalement basé en plein centre ville. 12 place du Palais 81000 Albi tel 05 63 76 18 18 https://www.alchimyalbi.fr/

Les mesures sanitaires modifiant beaucoup la fluidité des accueils du public, lorsqu’il sera à nouveau possible de se déplacer, je vous recommande vivement de regarder sur les sites internet et de vérifier les horaires pour chacun des lieux avant de vous y rendre.

Ce reportage a été réalisé grâce à Tarn Tourisme. Je remercie tout particulièrement Christian Rivière.

Oui, je persiste, 2021 sera meilleure aussi je vous souhaite une belle et renaissante année et vous offre, en cadeau, ci-dessous, en écho à ce reportage et à mes voeux pour vous une de mes Pages d’Herbier de Poche (vous pouvez retrouver toutes mes Pages sur ce site dans la rubrique Créations Artistiques au nom de Une botanique du Temps.)

Vous aimez mon travail ? Permettez-moi de vous prévenir des prochaines parutions.