Mes fidèles lecteurs se souviennent, je pense, de mon intérêt pour l’artisanat et l’art en général et souvent pour le fil dirai-je d’une façon globale. Qui dit fil, dit textile, dit création dit aussi une histoire… Celle d’Evelyne Moisson-Bonnevie créatrice de la marque EMB ne déroge pas à cette jolie tradition – que je croise bien souvent dans mes rencontres avec les artisans et créateurs – de l’émotion, la passion, la fascination pour une matière, un objet, un savoir, qui soudain saisit ces âmes sensibles et les amène à se consacrer d’une façon conséquente à l’article de leur enthousiasme.

De ses propres mots, Evelyne est tombée amoureuse du lin teillé. Qu’est-ce que le lin teillé me direz-vous ? Et d’où provient le lin ?

La France est la patrie du lin. Et tous, nous avons touché un jour dans notre vie et, pour les plus chanceux, avons dormi dans ces grandes pièces de lin, ces draps d’antan, si frais, si agréables, les nuits d’été trop chaudes. Le lin fait parti de notre patrimoine textile, du patrimoine de notre inconscient collectif. Le lin est un peu une de nos madeleines de Proust françaises.

Secoué par la pluie, le vent, doré par le soleil, le plus beau des lins est français. Il est cultivé dans les régions de Normandie et de Picardie principalement. Le lin récolté est livré en balles pour être teillé c’est-à-dire que l’on a extrait les graines puis la paille de la fibre pour ne garder que la fibre ou filasse qui est le lin teillé. En découvrant sa première gerbe de lin teillé, Evelyne est fascinée par cette fibre naturelle vivante à la texture brute, et chargée de doux reflets. Désormais le lin sera adjoint de près à ses recherches et ses créations textiles.

Cette artiste vient du spectacle vivant et c’est en pratiquant l’escrime de théâtre qu’elle s’intéresse au costume, se reconvertie en costumière et de là, plonge les deux mains dans la création textile réalisant des sacs en fausse fourrure, des pochons qui réchauffent les mains en hiver et permettent toujours de ranger quelques papiers et monnaies, des vêtements sur mesure, des robes de mariées et bien entendu des costumes pour spectacles vivants en travaillant de la conception à la réalisation.

La rencontre avec le lin teillé s’inscrit dans ce cheminement. Il orne, désormais, de sa blondeur du nord un parcours coloré. S’il est une source inépuisable d’expérimentations dans ses recherches en sculpture textile, il a trouvé, par ailleurs, une voie d’expression bien précise avec l’élaboration de ses bijoux en lin teillé.

Colliers et bracelets, toujours en pièce unique à l’égale de ses autres réalisations, sont la figure la plus achevée, actuellement, du rapport de cette créatrice au lin teillé. Devant leur beauté et leur richesse, je me demande ce qu’elle nous réservera en terme de sculpture textile mais pour l’instant, penchons-nous ensemble sur ces somptueux accessoires.

La plupart des bijoux d’Evelyne sont une rencontre entre une (ou plusieurs) pierres semi-précieuses qu’elle affectionne tout particulièrement et qui sont des pierres naturelles et dépolies et une couleur de lin teillé ou un camaïeu de couleurs. Ces bijoux ne sont donc en rien synthétique et ne peuvent provoquer aucune allergie ou réaction d’aucune sorte.

Mais avant d’en arriver à l’état de la constitution rêvée du bijou, il faut passer par le travail de la fibre, de la matière, du lin teillé.

Evelyne prépare une bassine dans laquelle, elle verse une eau très chaude, un colorant et un sel fixateur. Elle y plonge une grosse et grande gerbe de lin teillé.

Quand elle juge que la nuance de coloration lui convient, elle sort la gerbe de lin et le fait sécher.

Puis, elle démêle patiemment l’amas de fibres bien emmêlés par le bain coloré. Ce moment est, tout particulièrement, un combat avec la fibre.

Elle tire chaque fibre une à une de la masse et l’allonge à côté de la suivante etc.

Ensuite, entrant dans le vif du sujet, elle assemble couleur de fibre et couleur de perle ou de pierre. Ce travail peut lui demander beaucoup de temps.

Un bijou doit être harmonieux tout en préservant sa particularité.

Le choix arrêté, Evelyne trie les fibres par taille. Les plus longues font la base du bijou, les plus courtes servent à gainer les fibres les plus longues pour les rigidifier un peu et donner de la tenue à l’objet. Ces fibres courtes peuvent aussi servir pour les bracelets.

Puis, les tressages s’enchainent…

…le tressage dans le tressage etc…

Enfin, la créatrice monte les perles sur fil ou fil de métal ou les coud directement sur le bijou et elle achève la mise en forme du bijou…

Il est possible de découvrir les créations de EMB (bijoux, sacs, pochons) :

– durant tout le week-end aujourd’hui samedi 26 et demain dimanche 27 octobre à l’adresse suivante : Les invités du week-end / portes ouvertes à l’atelier 32 rue Rebeval 75019 Paris

– au Marché de noël organisé par l’Archipel des créateurs lors du 15e Village des Terroirs de Vanves du 13 au 15 décembre – Place de la République 92170 Vanves

– sur le site www.emb-creations.fr 

– ou sur rendez-vous à son atelier au 60 rue de Reuilly 75012 Paris contact@emb-creations.fr tel : 06 03 47 01 48

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