Sous un ciel blafard, Bourges m’apparaît aussi ravissante qu’il y a vingt ans lorsque je la découvris pour la première fois. Bourges est en soi une merveille, une splendeur. Le temps s’y est arrêté au cours de la Renaissance. Un doux sommeil, qui ne fût pas dans l’instant un aspect positif pour la vitalité économique de cette ville, mais qui, plusieurs siècles après, se révèle une chance nous permettant de nous promener dans une ville témoignage d’un autre temps. Bourges est si riche qu’au sein de ses somptuosités et de ses curiosités, il m’a fallu, pour une première série de reportages, faire des choix draconiens.

LA CATHEDRALE SAINT-ETIENNE DE BOURGES

La première incontournable beauté est sans conteste la cathédrale Saint-Etienne, petite sœur de Notre Dame de Paris, représentant avec les cathédrales d’Amiens et de Chartres la synthèse de toutes les perfections gothiques. Mais de toutes, elle est celle qui incarne le mieux la lux continua, mettant en scène la lumière comme aucune et permettant à la communauté de vivre l’expérience d’une lumière divine pénétrant par les vitraux initiant une communion dans la réception de la Grâce qui dès lors ne connaît plus d’obstacle à son épanouissement. Et il est évident que dans la cathédrale Saint-Etienne de Bourges, la clarté est en continu, le promeneur déambule dans un véritable bain de lumière, chaleureux, coloré, foisonnant, somptueux.

Autorisée par Philippe Auguste, à vocation d’accueil des pèlerins et non des paroissiens, sa construction a lieu durant le XIIe siècle sur le point culminant de Bourges une ville au passé antique et médiéval déjà prestigieux. Cette première cathédrale réalisée au sud de la Loire se devait d’être comparable à Notre-Dame de Paris. Au Moyen-Âge, période des enluminures, la lumière veut dire mettre de la couleur c’est-à-dire : enluminer. Sa mise en lumière se fait à la fois par les vitraux et par la pierre. Car le tailleur de pierre est imagier, autrement dit sculpteur et oeuvrant avec le burin et les pigments, il peint ses pierres taillées leur apportant une chaleur qui participe déjà de la lux continua. Jusqu’au XVIe siècle, la cathédrale est repeinte six fois.  

Si son plan est basilical et qu’elle n’a point de transept en mémoire des premières églises de la chrétienté du monde roman dépourvues de cet élément d’architecture, sa hauteur (55m) et sa largeur (50 m) sont impressionnantes. Ses cinq portails en façade – qu’il est complexe de photographier dans leur globalité car la cathédrale est enchâssée dans le cœur de la ville comme une émeraude dans un écrin extrêmement ouvragé – débouchent sur cinq nefs de toute beauté. Ses vingt-huit arcs-boutants possèdent une forme particulière qui a permis de diminuer la quantité de pierres utilisées et a apporté une élégance supplémentaire à sa silhouette majestueuse. D’autre part, les piliers du chœur sont légèrement plus écartés que ceux de la nef, si bien que l’impression de rétrécissement de la perspective est ainsi évitée.

Lumineuse, cette cathédrale l’est aussi par ses vitraux dont elle possède une rare collection réalisée du XIIIe au XVIIe siècle. Dans le chœur et le déambulatoire, ces vitraux, datant de 1210 à 1220, ont été financés, chacun, par un corps de métier de la ville et c’est un jeu de retrouver le nom de ces corporations en admirant ces vitraux peints et non teintés dans la masse. Si la gamme des couleurs est peut-être limitée dominée par des bleus, rouges et verts, il n’en est pas moins réel que l’impression de « bain de lumière » persiste durant toute ma découverte de ce magnifique édifice.

Maints détails seraient encore à citer, si bien que sa personnalité, ses particularités en font un exemple gothique unique en France et lui ont valu d’être inscrite au classement du Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1992. Lors de ma visite, je n’ai pas eu le temps de gravir ses 396 marches qui mènent au sommet de la Tour Nord où elle offre une vue à 360° sur la ville et sur ses toits mais, je suis allée dans les marais l’admirer, de loin, comme le sujet central d’une enluminure intemporelle.

LE MUSEE DES MEILLEURS OUVRIERS DE FRANCE

Situé face à la cathédrale, dans l’ancien palais archiépiscopal, ce musée unique en France met en valeur les savoir-faire, les métiers d’artisanat d’art ou métiers dits manuels et dont la main produit des créations qui ne cessent de m’émerveiller. C’est d’ailleurs la collection de meubles miniatures dites « La main et l’esprit » qui est à l’origine de la création de ce musée inauguré en juin 1995 sous le parrainage de Géraldine Chaplin.

Les collections sont présentées sur une superficie de 400m2 dans deux espaces distincts. A l’étage, dans une exposition permanente, la scénographie désuette mais charmante présente les œuvres et les documents concernant la création du mouvement des MOF (Meilleurs Ouvriers de France) avec force diplômes, médailles, charte etc. Ce titre fût créé en 1924 à une époque où l’on considérait déjà une pénurie de main d’œuvres au niveau de l’artisanat et donc une perte du savoir-faire.

Juste après la guerre en 1918, l’idée d’une exposition réunissant tous les métiers dits « manuels », pour les présenter, vit le jour. Elle s’incarna fin octobre 1924 et 200 ouvriers et artisans de toute la France vinrent présenter leur savoir-faire. Devant le succès de l’entreprise, il fût décider de récompenser ces personnes et ainsi fût inventer le titre « Meilleur Ouvrier de France ». En cette première exposition, 144 personnes, dont 8 femmes, furent récompensées pour leur maîtrise de métiers allant de dentellièrs au forgeron. Plus tard, le cahier des charges fut créé et les principes des présentations et des nominations a donc lieu tous les trois ans depuis. On ne peut obtenir le titre qu’une seule fois par option.

Dans une certaine confusion, on pourrait faire un amalgame entre les Compagnons du Devoir et les Meilleurs Ouvriers de France. Pourtant leur dynamique est différente tout en se complétant, de mon point de vue. Les Compagnons sont les héritiers des mouvements du compagnonnage ayant travaillé sur les grands chantiers médiévaux. Leur parcours est initiatique, les références sont symboliques et sacrées. Les MOF s’inspirent plutôt des valeurs républicaines de laïcité, d’humanisme et de tolérance. L’existence de ces deux mouvements est, je trouve, nécessaire à notre société pour l’équilibre spirituel qu’ils apportent l’un comme l’autre au rapport que l’on entretient avec les métiers dits manuels.

Au rez-de-chaussée, les expositions sont temporaires et présentent des chefs d’œuvres dans différents savoir-faire en fonction de la thématique de l’exposition. Lors de mon passage, je suis restée en admiration devant une guitare en ébène, érable et koa et fascinée devant une roue électroacoustique réalisée en bois, nacre et or par Jacques Grandchamp en 2007. Si les mosaïques sont, certes, superbes, et les peintures en sérigraphie très belles, je suis tombée en arrêt devant une œuvre improbable et géniale de Sébastien Martinie MOF 2015 dans la section prothésiste dentaire. Son jeu d’échec réalisé avec des couronnes dentaires représentant roi, reine et pions divers contenu dans une mallette en bois mérite à lui seul que l’on vienne découvrir ce lieu exceptionnel.

Plus de 200 métiers sont donc présentés dans ce musée. Les créations au fil des années montrent aussi, et de façon très dynamique, que si certains métiers disparaissent, d’autres, immanquablement, évoluent et d’autres aussi… naissent. Ce qui est bel et bon… Les métiers de la main sont nécessaires à la société. Ils sont une des voies d’ancrage à la Terre, ils nous rappellent que nous sommes matière et devons œuvrer avec la matière pour le bien-être de tous et de chacun.

MON CARNET DE NOTES

La cathédrale Saint-Etienne – Place Etienne Dolet – 18000 Bourges – Ouvert tous les jours de 9h30 à 11h30 et de 14h à 18h sauf le dimanche matin- FOCUS BOURGES LA CATHEDRALE SAINT-ETIENNE, un petit livret d’aide à la visite est en vente à l’office de tourisme de Bourges 21 rue Victor Hugo.

Le Musée des Meilleurs Ouvriers de France – Place Etienne Dolet 18000 Bourges www.ville-bourges.fr/site/musees Ouvert de 10h à 12h et de 14h à 18h. Fermé le dimanche matin et le lundi.

Pour se restaurer entre les visites deux adresses très agréables : La gargouille – bistro.resto -108 rue Bourbonnoux 18000 Bourges Tel 02 48 23 59 bistro.lagargouille@gmail.com ou Cake Thé 74 bis rue Bourbonnoux Passage des Remparts 18000 Bourges tel : 02 48 24 94 60 du mardi au samedi 12h-14h/15h30-19h et le dimanche de 15h à 19h.

Pour dormir à Bourges : Au Coeur de Bourges – M. et Mme Boudet – 10 rue de l’Hôtel Lallemant – 18000 Bourges. Tel : 02 48 24 64 10. Une très belle chambre d’hôtes dans un hôtel particulier. ou Au n°1. Blandine Voisin – 1 rue Albert Hervet – 18000 Bourges tel : 06 29 22 17 67

Ce reportage a été réalisé grâce à Tourisme & Territoires du Cher. www.tourisme-territoiresducher.fr et à Bourges Berry Tourisme 21 rue Victor Hugo 18000 Bourges. Tel : 02 48 23 02 60 www.bourgesberrytourisme.com contact@bourgesberrytourisme.com

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