Située au cœur de la vallée de la Meuse,  la ravissante petite cité de caractère de Saint-Mihiel abrite notamment trois œuvres exceptionnelles du sculpteur sammiellois Ligier Richier et un remarquable Musée d’Art Sacré situé dans une ancienne abbaye bénédictine. Riche d’ors, de rouges, d’ombres et de lumières dans l’Ombre, il est un lieu parfait à découvrir en ces heures hivernales et ces temps de fêtes.

Saint-Mihiel fût le lieu de naissance vers 1500 de Ligier Richier sculpteur largement reconnu de son vivant. Occupant la charge d’ « imagier » – Quelle modernité dans l’appellation de sa fonction ! – du duc Antoine de Lorraine, l’artiste marqua de son empreinte géniale de nombreuses réalisations qui ornent la route de Bar-le-Duc à Saint-Mihiel notamment.

Dès 1535, il résida, à nouveau dans sa ville natale et celle-ci conserve très heureusement trois de ses plus belles œuvres : La Pamoison de la Vierge à l’église abbatiale Saint-Mihiel, le Sépulcre ou Mise au tombeau à l’église Saint Etienne et la figure de Sainte Elisabeth au Musée d’Art sacré.

A l’église Saint Etienne, la Mise au tombeau absorbe toute mon attention par sa splendeur. Ce thème iconographique connut un grand engouement à partir du XVe siècle notamment en Lorraine

Restauré au début des années 2000, cet ensemble est considéré à juste titre comme l’œuvre la plus aboutie de l’artiste et l’une des pièces majeures de l’art de la renaissance en Lorraine.

Il est incontestable que la scène, formée de treize figures légèrement plus grandes que nature dont un Joseph d’Arimathie et un Nicodème aux visages empreints de tristesse et une Marie-Madeleine d’une telle grâce dans sa douleur que je n’arrivais pas à m’extraire de ma contemplation, hypnotisée que j’étais par la beauté de son geste d’amour et de dévotion pour le Christ mort, est un chef d’oeuvre.

Ce Sépulcre, très influencé par l’art italien dans sa maîtrise de l’espace et de l’anatomie et dans la souplesse des attitudes ainsi que dans la finesse d’expression des visages, aurait été exécuté entre 1554 et 1564, année du départ précipité de Ligier Richier pour Genève qui offrait une terre de refuge pour ce protestant.

Ce serait son fils Gérard qui l’aurait installé dans une des chapelles de l’église Saint-Etienne à son emplacement actuel, à son retour en France.

Dans l’abbatiale Saint-Michel, la Vierge défaille dans les bras de l’apôtre Saint Jean après la mort de son Fils. Cette scène de l’évanouissement de Marie est tirée d’un évangile apocryphe des Actes de Pilate attribué à Nicodème, et la thématique connut un certain succès à partir du XVe siècle.

Ces deux figures de taille grandeur nature, empreinte d’une intériorité sensible à la fois naturelle et grave, furent exécutées dans du bois de noyer autrefois polychrome, à l’origine intégrées à un corpus plus conséquent comprenant neuf figures notamment Marie-Madeleine, et quatre anges, ceux-ci auraient péri dans les destructions révolutionnaires.

Le savoir-faire de Ligier Richier se déploie, notamment, dans la justesse anatomique, le soin accordé aux expressions des visages et la parfaite maîtrise des drapés. Son art oscille avec génie entre l’expression humaniste allusive et délicate que cultivaient la cour de Lorraine et les figurations spectaculaires de la Passion du Christ, reflet d’une piété régionale vive et d’une spiritualité nourrie de mystique rhéno-flamande.

Inauguré en 1998, le Musée d’Art Sacré est le résultat d’une histoire complexe autour de deux musées précédemment créés.

Le premier vit le jour en 1906 se nommant le Musée Municipal Ligier Richier en hommage à la figure de cet artiste sammiellois incontournable dans le département. Il présentait  des moulages de l’école Ligier Richier et quelques peintures. Pillé durant la Première Guerre Mondiale, il fût partiellement reconstitué grâce à des dépôts de l’Etat et des dons de la ville de Nantes mais subit de nouveaux pillages durant la Seconde Guerre Mondiale.

Un deuxième musée fut créé en 1957 et organisé autour de quatre sections principales : l’histoire de Saint-Mihiel, Ligier Richier, les peintures et une dernière section au contenu hétéroclite. Mais le musée ferma en 1960.

Un ultime projet permit l’ouverture de l’actuel très beau Musée de l’Art sacré offrant une vision d’ensemble de l’art religieux dans le département depuis le 13ème siècle. Situé à l’étage d’une ancienne abbaye bénédictine, son entrée est précédée par une exposition temporaire consacrée à l’artiste sammiellois Ligier Richier.

Mais la principale originalité de ce lieu est liée au statut de ses collections dont une grande partie provient de dépôts effectuées par les communes du département.

Ces dernières conservent leur droit de propriété et peuvent à tout moment disposer des objets pour les besoins du culte ou pour des fêtes locales initiant une vitalité particulière qui permet à la fois de protéger un patrimoine méconnu tout en le mettant en valeur et en le rendant accessible au public. La présentation des œuvres est ainsi régulièrement en évolution.

Par ailleurs, les collections comptent des pièces issues du musée Ligier Richier de 1906 ainsi que des acquisitions nettement plus récentes. Par sa vocation, le Musée d’Art sacré est naturellement ouvert à toutes les religions.

La plupart des objets exposés au Musée d’Art Sacré sont liés au rituel liturgique utilisé par l’Eglise catholique entre le Concile de Trente (1545-1563) et le Concile de Vatican II (1962-1965), soit pendant près de quatre siècles. Ce dernier concile introduisit des modifications très importantes visant à moderniser l’Eglise et à simplifier le culte catholique pour le rendre plus accessible ainsi l’utilisation de certains objets fut abandonnée.

La première section « Orfèvrerie » présente les objets, particulièrement somptueux, servant pour la célébration de la messe, cérémonie centrale du culte catholique.

Je découvre ainsi des calices dans lequel est versé le vin de messe évocation de la coupe dont s’est servi le Christ lors de son dernier repas, des burettes, petits vases en forme de cruche à bec servant l’une à remplir le calice, l’autre pour se laver les mains, des ciboires sorte de coupe munie d’un couvercle permettant de conserver les hosties, ou encore des patènes.

Les croix, symbole central de la religion catholique, se déclinent en croix de procession, croix d’autel, crucifix, croix de baptême, croix-reliquaires… Les ostensoirs et les reliquaires sont aussi exposés dont le très précieux Bras reliquaire de Saint Maur réalisé en argent et cuivre doré, il contiendrait le tibia du saint en question…

La deuxième section « Sculpture » présente des œuvres sculptées illustrant la dévotion et la piété populaire : culte des saints protecteurs et culte marial, cires habillées nancéennes mêlant cire, étoffes, cheveux, divers accessoires – l’ensemble est toujours un peu saisissant provocant fascination et rejet… – et réalisations en bois de sainte Lucie.

Ce bois tire son nom d’une légende : Au 9ème siècle, Lucie, princesse d’Ecosse vivait retirée dans la forêt de Sampigny, quand de sa quenouille plantée en terre serait ainsi miraculeusement née une nouvelle variété de merisier, le prunus mahaleb. Son bois dur et exempt de fil est particulièrement adapté à la réalisation d’objets finement sculptés dans un style imitant l’orfèvrerie.

Enfin, la troisième section est le lieu d’expositions temporaires comme celle, somptueuse, toute de soie et d’or qui présentait des textiles sacrés en Meuse du XVIIe au XIXe siècle au moment où je visitais ce musée.

Enfin, je terminais ma découverte de ce musée avec la belle Sainte Elisabeth attribuée à Ligier Richier. Cette pièce exceptionnelle de finesse et d’équilibre est venue enrichir les collections du musée d’Art Sacré grâce au legs de Dominique Reyre et « Mizou » Hutin.

Epouse de Zacharie, Elisabeth, enceinte à un âge avancé, est représentée avec un ventre bien rond. Sa posture toute en tension émotionnelle laisse penser qu’elle devait être intégrée à un groupe sculpté de la Visitation de Marie, elle-même enceinte du Christ, à sa cousine Elisabeth.

Tout ici évoque sans conteste l’art du sammiellois si indépendant des legs artistiques champenois, bourguignon et germanique : l’admirable expressivité du visage de la femme, la préciosité du vêtement.

Des recherches diverses remontant au XIXe siècle, mais surtout plus récemment un vaste projet d’étude et de restauration mené par le Département de la Meuse, montrent que la statue eut une vie bien mouvementée avant d’arriver au Musée d’Art Sacré en 2016. Depuis, elle se repose, je l’espère, et trône, admirable, sur son piédestal rouge sang…

Mon Carnet de Notes

Musée d’Art Sacré – 1 rue du Palais de Justice, 55300 Saint-Mihiel tel 03 29 89 97 89 et 03 29 89 06 47 communication.mairie@saint-mihiel.fr Ouvert du 2 novembre au 31 mars du lundi au vendredi de 9h à 12h30 et de 13h30 à 17h30, le samedi de 11h à 16h et du 1er avril au 1er novembre le lundi de 13h30 à 18h, du mardi au samedi du 9h à 12h30 et de 13h30 à 18h, le dimanche de 13h30 à 18h

Ce reportage a été réalisé grâce à Meuse Attractivité Centre d’affaires Coeur de Meuse ZID Meuse TGV – 55220 Les Trois Domaines tel : 03 29 45 78 40 www.lameuse.fr #lameuse #MeuseTourisme.

(Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous le 8 janvier…)

Vous pouvez retrouver l’intégralité de mes reportages en ligne : https://lesvoyagesdeberengere.com/reportages/

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