Dans le centre d’Albi, non loin de la cathédrale, un musée de la mode allie souci de l’harmonie, de la transmission et inclinaison certaine pour une distinction frôlant la perfection. Ce musée privé est la création, quasiment sculptée exposition après exposition, de Dominique Miraille son fondateur et propriétaire. Après un parcours riche comme l’ont souvent les âmes artistes, de chargé de mission culturelle puis chanteur lyrique, puis antiquaire, l’homme choisit un jour de présenter sa collection personnelle réalisée dans l’univers de la mode. Aimant les matières et l’humain, ses affections se rencontrent joliment dans le vêtement qui, dans sa plus simple expression, est un tissu habillant une personne.

Le point de départ de cette douce maladie qu’est toujours une collection fut, pour Dominique, une somptueuse robe en soie vert émeraude et or du Second Empire qu’il découvrit chez une antiquaire d’Albi. Il avait 20 ans, tomba amoureux et engloutit un salaire dans cette robe lui évoquant Scarlett O’Hara et sa robe fait des rideaux de Tara. Trente six années plus tard, il se retrouve en possession de plusieurs milliers de pièces allant de la fin du XVIIe siècle aux années 2000, toutes en parfait état ce qui est son critère d’achat systématique. En parallèle, le désir d’ouvrir un lieu pour exposer ses merveilles a longuement mûri.

Indépendant et entreprenant, Dominique Miraille fit preuve d’un grand courage, d’une immense volonté pour ouvrir un lieu sans investisseur et sans subvention. En 2001, il acheta ce qui était le pensionnat de l’ancien couvent des Annonciades du quartier Saint-Julien à Albi. La demeure, en ruine, est une bâtisse historique avec de nombreux éléments architecturaux datant du XIIe au XVIIe siècle : cave voûtée, escalier à vis, portes sculptées… Après onze années de travaux, un vrai parcours du combattant et beaucoup de difficultés surmontées avec un sang froid nécessaire, il ouvrait enfin son musée qu’il revendique comme étant un « vrai » musée quoiqu’il soit totalement autonome, ne dépendant d’aucune instance supérieure, ni d’aucun sponsor ou mécène.

Et, il est incontestable qu’en poussant la porte de la première pièce, je suis dans un musée. Certes s’il est petit, il n’a pourtant rien à envier aux grands. J’inclinerai même à penser, qu’il est particulièrement humain et fait pour l’humain, dans sa modeste surface de 200 m2 et sa volonté de permettre d’être physiquement proche des objets et tenues exposées par une installation adéquate préservant la magie dans un savant travail d’éclairages et de vitrines se reflétant les unes dans les autres, tout en offrant une proximité quasiment sensuelle avec chaque pièce. Le sentiment d’intimité, renforcé par la pénombre voulue, frôle la confidence celle que Dominique nous révèle par la beauté de ses vêtements collectionnés offerte à notre regard.

Un an avant chaque nouvelle exposition, Dominique envoie les robes sélectionnées pour la prochaine exposition auprès d’une association de Saint-Brieuc qui mannequine chaque tenue, c’est-à-dire qui fabrique un mannequin aux mesures du vêtement qu’il portera pour, ainsi, parfaitement le mettre en valeur. Le musée présente une seule exposition biennale d’environ quatre-vingt à cent pièces sur un thème précis à chaque fois. Les expositions « Fleurs », « Silhouettes », « Noir sur Blanc », « Patte de velours », « De Pied en Cap » se sont, ainsi, succédé avec toujours autant de bonheur.

“Broder est l’art d’ajouter à la surface d’une étoffe déjà fabriquée et tissée, la représentation de tel objet qu’on le désire, à plat ou en relief, en or, argent ou nuances.” Charles Germain de Saint-Aubin, brodeur du Roi, en 1770.

Personnellement, c’est sur le magnifique thème de la broderie que j’ai eu la chance de découvrir les lieux. Thématique pour laquelle Dominique Miraille a commandé une création sur-mesure à Corinne Moriange, albigeoise et brodeuse pour Chanel entre autres prestigieux clients. Ces panneaux, que je remarque sur la droite dès que j’ai passé la porte Art Déco de l’entrée, érigent immédiatement la broderie au rang d’œuvre d’art sans conteste possible.

Dans la première pièce, où le noir exalte une broderie ton sur ton avec certaines splendeurs de satin brodé de perles de jais ou encore découpé et ajouré d’une résille brodée de cordonnets de soie et de perles (Oh là là… ce collet de 1900 en ottoman de soie brodée de perles avec franges assorties…), je retrouve cette couleur tant aimée de Chanel, de Soulages et les mots de ces personnalités, ici, comme dans les pièces suivantes soulignent élégamment les accrochages qui font la part belle à une épuration volontaire. Cette volonté de ne pas encombrer l’objet permet ainsi de l’appréhender dans sa plus grande pureté. Et ainsi, le visiteur déroule ce fil somptueux de la broderie en admirant d’une pièce à l’autre, ici une chaussure de 1960 au cuir brodée de fils de soie, là une robe et un smoking somptueux, un peu plus loin une mousseline de soie brodée de tubes de verre, un nœud en tulle de soie brodée, du crêpe de soie brodé, un pompon brodé de paillette et ici encore, absolument sublime, une cape emperlée brodée de jais datant de 1895…

L’étourdissement n’est pas loin quand je descends dans la très belle cave voûtée toute en brique apparente, elle aussi plongée dans une pénombre d’un grand raffinement, et exposant plus particulièrement une broderie essentiellement masculine.

Et de vitrines en vitrines, je ne me lasse guère de contempler des merveilles qui m’émeuvent comme toujours : pantoufle d’intérieur brodé, bonnet de fumeur en velours et broderie (j’y apprends, d’ailleurs, que la tenue du fumeur est toute de velours car ce tissu est le seul à absorber les odeurs, notamment de tabac, d’où ces fameuses vestes en velours que les fumeurs enfilaient avant de pénétrer dans un fumoir), veste d’académicien brodée, corsage de robe de réception brodé de dentelles et de perles, boutons et gilets brodés…

En 2022 et 2023, l’exposition célèbrera les dix années d’existence du musée, elle s’annonce d’ors et déjà somptueuse et spectaculaire et me donne d’avance l’envie de cocher une date dans mon agenda pour l’aller découvrir…

Mon Carnet de Notes

Musée de la Mode.17 rue de la Souque 81 000 Albi tel : 05 63 43 15 90 www.musee-mode.com/fr Ouvert du mardi au dimanche de 14h30 à 18h. Le dimanche à 15h et à 16h30, Dominique Miraille lui-même accompagne les visiteurs pour commenter l’exposition en cours. Les réservations sont conseillées par téléphone avant le samedi 12 heures. Tarif normal : 6 euros. Tarif réduit : 4 euros pour les enfants de 9 à 14 ans, les étudiants et les demandeurs d’emploi. L’entrée est gratuite pour les enfants jusqu’à l’âge de 8 ans inclus.

La Boutique du Musée de la Mode jouxte le musée et l’on y trouve à prix très doux un large choix de belles pièces uniques, de vêtements vintages, de charmants accessoires, de linges de maison ancien, des cartes postales anciennes, de matériaux anciens (mercerie, dentelles, tissus)…De quoi se faire plaisir ou faire plaisir. 17 rue de la Souque 81 000 Albi tel : 05 63 43 15 90 Ouvert du mardi au dimanche de 14h30 à 18h.

Se loger

A l’Hôtel Alchimy Albi, contemporain, confortable, élégant,  et avec ce petit quelque chose qui permet de se sentir « chez soi », cet hôtel est idéalement situé en plein centre ville. 12 place du Palais 81000 Albi tel 05 63 76 18 18 https://www.alchimyalbi.fr/

Se restaurer

Le Lautrec propose des plats fait maison avec des produits frais locaux pour une cuisine du terroir. Je vous recommande d’expérimenter le cassoulet de l’Archevêque et la salade Albigeoise… Ouvert du mardi 12h30 au dimanche 14h30. 13-15 rue Toulouse-Lautrec 81000 Albi tel : 05 63 54 86 55 https://restaurant-le-lautrec.com restaurantlelautrec@wanadoo.fr

Avec une vue remarquable, Le Pont du Tarn propose une cuisine gastronomique au sein d’un concept prônant la transparence et la sécurité alimentaire impliquant une traçabilité des produits locaux respectant notamment l’environnement, la santé et le bien-être animal. Les fleurs sont de la partie et le goût de la lavande mêlée au fromage grillé m’est délicatement resté en bouche avec suavité. Ouvert du jeudi au lundi. 3 rue de la Grand’Côte 81000 Albi Tel 05 63 76 83 95 https://www.lepontdutarn.com

Ce reportage a été réalisé grâce à Tarn Tourisme www.tourisme-tarn.com. Je remercie tout particulièrement Christian Rivière.

Les mesures sanitaires modifiant beaucoup la fluidité des accueils du public, lorsqu’il sera à nouveau possible de se déplacer, je vous recommande vivement de regarder sur les sites et de vérifier les horaires pour chacun des lieux avant de vous y rendre.

Bon courage à tous et prenez soin de vous, je vous retrouverai le 28 novembre pour un nouveau reportage. Cette fois-ci, nous remonterons en Ile de France et découvrirons le travail d’un artisan d’art à l’imagination créatrice prodigue et au savoir-faire remarquable !

Vous aimez mon travail ? Permettez-moi de vous prévenir des prochaines parutions.