Si le marais audomarois est un outil de travail pour le maraîcher et son lieu de vie mais aussi celui des simples maresquiers  – osons les appeler de l’ancien nom des habitants des lieux – en résidence principale ou secondaire, il est aussi une réserve naturelle fragile, et pourtant nécessaire, récemment déclaré en 2013, douzième réserve de biosphère française par l’UNESCO dans le cadre du programme Man and Biosphere (L’Homme et la Biodiversité), signifiant ainsi toute l’importance du lien entre l’homme et le marais.

Sous l’influence d’un climat de type océanique mais étant enclavé dans la cuvette de l’Audomarois et protégé par le début des collines de l’Artois, le marais bénéficie d’un microclimat à l‘hygrométrie élevée du fait de l’omniprésence de l’eau, d’une pluviométrie relativement conséquente et de températures mensuelles variant de 4° à 18°.

L’eau de ses rivières, étangs et wateringues couvre environ 5 000 000 m2, la faune et la flore s’y épanouissent allègrement : 50% de ce qui constitue la flore aquatique régionale s’y trouve et plus de 230 espèces d’oiseaux comme le rare Blongios nain, petit héron discret, le grèbe huppé, la cigogne blanche, le héron cendré qui y a fondé une colonie stable depuis plus de quinze ans, le martin-pêcheur, le colvert, le cygne s’y retrouvent. Ce foisonnement est évidemment lié à l’eau élément fondateur, mais aussi à la variété des contextes géologiques et géomorphologiques ainsi qu’à la préservation, jusqu’à un temps relativement récent, de certaines pratiques agricoles traditionnelles.

Le marais est une des zones humides d’importance nationale retenue par la France pour la région des Hauts de France. Il fait parti de la trame verte régionale et de la trame verte et bleue française  – ces trames, sorte de déclinaison nationale du réseau écologique paneuropéen, étant des réservoirs de biodiversité majeurs, des corridors écologiques.

De ce fait, les 3726 hectares du marais sont classés au titre de la Convention de Ramsar, label international impliquant le maintien et la préservation des caractéristiques écologiques et de la richesse des zones classées. Ce titre peut se perdre et nécessite de la part de tout usager et habitant une utilisation rationnelle des ressources. Par ailleurs, le marais est inclus dans le réseau Natura 2000 et est un élément fondamental du Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale.

Pourtant, la gestion de ce territoire est particulièrement complexe du fait d’un parcellaire très éclaté où 90% est de l’ordre de la propriété privée, le reste se partage entre les conseils généraux, les communes et communautés de communes et le Parc naturel régional. Au milieu de ce morcellement, une zone est classée Réserve Naturelle Nationale depuis 2008 en raison de sa richesse écologique conséquente.

Les cent huit hectares de la Réserve des étangs du Romelaëre résultent – comme tout le reste du marais audomarois – de l’exploitation de la tourbe, l’important réseau d’étangs en est un vivant témoignage. Ils se situent entre les communes de Clairmarais, Saint-Omer et Nieurlet, pourtant leur paysage diffère singulièrement de tout le reste du marais en ce qu’il semble singulièrement libre et laissé à son expression…naturelle.

La découverte de cette aire protégée en compagnie d’une guide spécialisée me rappela de merveilleux souvenirs d’un autre reportage, il y a quelques années dans une réserve au Botswana. Certes, la faune des Hauts de France est moins exotique mais la sensation de découverte silencieuse, attentive, précautionneuse et émerveillante de la nature est exactement la même. Le terme peut paraître étrange, j’eus, pourtant, le sentiment de faire un véritable « safari » dans cette Réserve d’étangs, de tourbières, de prairies humides. La promenade sur les chemins tout en bois et dressés sur pilotis fût absolument passionnante.

Le marais est pourvu d’une flore proposant une centaine de plantes dont mes chers nénuphars blancs si romantiques, d’autres souvent peu communes comme la délicate Gesse des marais ou l’incroyable aloès d’eau capable de se laisser couler au fond de l’eau quand les températures sont trop basses en hiver. Certaines sont exceptionnelles et plus de 25 espèces sont protégées. Par ailleurs, on trouve une soixantaine de communautés végétales parfois très rares et menacées comme le Potamot perfolié ou le Potamot luisant.

Les lichens, mousses et champignons qui atteignaient 91 espèces à la fin des années 1990 sont en nombres. La faune s’abrite dans les bois tourbeux, les roselières (friche humide constituée de grandes herbes, joncs, massettes, roseaux, prêles divers, plantain jaune, iris des marais etc), les cariçaies (synonyme de lochère, autrement dit formation végétale spécifique aux marécages) et les fossés à stratoïtes (sorte de salade d’eau).

Treize espèces de chauves-souris vivent ou viennent se nourrir dans le marais, si bien que je m’y suis promenée lors de mon safari comme lors des différentes croisières que je fis sans être une seule fois piquée par un moustique et sans en voir un seul voletant, menaçant, à la surface de l’eau. Dans ces treize espèces, la plus rare de France, la Vespertilion des marais, vient s’y reproduire.

Les odonates (libellules et demoiselles) dont le redoutable Anax Empereur qui dévore son déjeuner tout en volant pour surveiller son territoire, les araignées et faucheurs, un nombre conséquent de variétés de coléoptères, lépidoptères, orthoptères et autres espèces en –ères y vivent bien paisiblement ou à peu près.

Le Syndicat mixte Eden 62, créé en 1996 par le département du Pas-de-Calais, gère, notamment, cette Réserve. Leurs travaux se concentrent sur les roselières et les megaphorbiaies (végétations hautes) particulièrement intéressantes pour la flore et la faune, qu’ils protègent des colonisations d’arbustes. Les prairies sont entretenues par la fauche au sud et par le pâturage au nord des parcelles ce qui permet une mosaïque d’habitats. Enfin, les digues des étangs sont, très régulièrement, rechargées à l’aide de branchages pour briser les vagues qui érodent les berges.

Pourtant ce beau monde sauvage et magnifique est en danger. L’abandon de certaines formes traditionnelles d’agriculture, l’eutrophisation – qui est un apport excessif de substances nutritives tels nitrates et phosphates dans un milieu aquatique entrainant la prolifération de végétaux -, le saturnisme aviaire (intoxication par le plomb) dû à la pollution par le plomb de chasse, l’apparition ou la persistance d’espèces invasives telle la jussie des marais ou le rat musqué – grand destructeur des berges et porteur de maladies transmissibles à l’homme via les cultures maraîchères dont il est particulièrement friand -, la périurbanisation et parfois des épisodes de pollutions urbaines ou industrielles continuent de menacer le marais et les espèces qui y vivent tel le brochet désormais inscrit sur la liste rouge des espèces menacées en France…

Un soir, me promenant à nouveau en bacôve, je regardais le soleil se coucher sur la terre de mon enfance au ras du sol et je rêvais à sa richesse culturelle, écologique, patrimoniale. Je méditais avec espoir sur son infinie beauté à préserver, à conserver, à choyer pour que demain puisse encore, toujours, offrir à l’émerveillement de chacun un marais audomarois en sa paix et sa magnificence.

Mon Carnet de Notes

A voir, à visiter, à faire

Faire un « safari » – gardons le terme qui résume le mieux mon expérience ! –  avec un guide de la Grange nature dans la Réserve Naturelle Nationale des étangs du Romelaëre. Chapeautée par Eden 62, la Grange nature ou Maison nature du département, située au cœur du marais audomarois et à quelques centaines de mètres de la Réserve propose des expositions diverses sur la biodiversité et l’humanité à préserver de concert, une documentation précise et foisonnante pour la préparation de vos randonnées et promenades et différents produits artisanaux de la région dans un espace boutique. Il est à noter que la Réserve est aménagée pour tous à des fins d’observation sur un chemin de plus de 5 km. Les personnes à mobilité réduite et les malvoyants peuvent ainsi très facilement et agréablement la parcourir. La Grange nature – Rue du Romelaëre – 62500 Clairmarais – Tel  03 21 38 52 95  grange-nature@eden62.fr https://eden62.fr/la-grange-nature/presentation-2/ Ouvert du 15 mars au 15 novembre – en semaine : 10h-12h et 14h17h30, les samedis du 2 mai au 31 août : 14h – 18h et les dimanches du 15 mars au 30 septembre : 10h-12h30 et 14h – 18h.

Vivre l’aventure du sous-marais. Dans la Maison du Marais, tout un pan d’exposition met en scène un “sous-marais” où l’on retrouve mis en avant cinq métiers par le biais de cinq personnages dont on a installé l’univers dans ce sous-marais ouvert. La spécialiste des légendes évoque la fameuse sorcière du marais, la Marie Grouët, le biologiste étudie l’environnement, le capitaine explore le labyrinthe aquatique etc. Ce sous-marais est une excellente introduction particulièrement ludique à la compréhension du marais, son histoire, son écologie à préserver. La Maison du Marais – 36 avenue du Maréchal Joffre – 62500 Saint-Omer tel 03 21 11 96 10 www.lamaisondumarais.com Ouvert 7j/7j de 10h à 19h du 1er avril au 31 août et durant les vacances scolaires. De 10h à 18h en septembre et du mardi au dimanche 14h à 18h d’octobre à mars inclus.

Admirer le coucher du soleil en bacôve dans une croisière nocturne avec la compagnie Ô marais by Isnor. N’hésitez pas à vous renseigner pour les dates précises de ces moments insolites. Isnor 3 rue du marais – 62500 Clairmarais www.isnor.fr contact@isnor.fr tel : 03 21 39 15 15

Ce reportage a été réalisé grâce à l’office de Tourisme du Pays de Saint-Omer. www.tourisme-saintomer.com tel : 03 21 98 08 51 contact@tourisme-saintomer.com insta : saintomer_tourisme et à la Maison du Marais www.lamaisondumarais.com

(Je vous souhaite un très bel été et vous donne rendez-vous en septembre. N’hésitez pas à vous abonner pour recevoir les liens d’anciens reportages pendant la période estivale. )

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