La semaine dernière,  mon petit périple sur les traces du peintre Henri de Toulouse-Lautrec nous a permis de découvrir en particulier le très joli village médiéval de Lautrec et la remarquable abbaye-école de Sorèze. Aujourd’hui, je vous emmène à Albi et surtout au Musée Toulouse-Lautrec

Au cœur de cette belle ville rouge et or, la promenade matinale commence par une découverte, cachée entre les arbres, de la demeure où le petit Henri a vu le jour en 1864. L’hôtel particulier du Bosc fut construit vers le XIIe siècle vraisemblablement sur la ligne de fortification de la ville dont il subsiste encore deux tours. Il fut rénové dès le XVIIe siècle pour acquérir son visage actuel au XXe siècle.  Situé au 14 de la rue Henri-de-Toulouse-Lautrec, il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1974 et appartient toujours à la famille du peintre, les Tapié de Céleyran.

En déambulant dans les ruelles anciennes d’Albi avec pour phare la cathédrale, j’arrive, avec mes collègues et comparses journalistes devant le Musée Toulouse-Lautrec situé dans le palais de la Berbie, ancienne demeure des évêques d’Albi, datant du XIIIe siècle. Si ce lieu abrite une collection d’art ancien et moderne de la première moitié du XXème siècle et d’art ancien, c’est avant tout pour ce qu’il renferme de trésors concernant le peintre albigeois qu’il est incontournable. Proposant la plus importante collection publique au monde des œuvres de Henri de Toulouse-Lautrec, il permet une immersion et une véritable compréhension du parcours de cet artiste.

Je l’avoue de Toulouse-Lautrec, je connaissais bien peu de choses, et ses affiches essentiellement, avant ce voyage que j’ai décidé de faire, justement, pour le découvrir un peu mieux. En d’autres termes, je voulais faire sa connaissance, à Henri. Et cela fût. On recense 737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies dont les affiches et 5000 dessins de cet artiste prolifique ! Je vous rassure tout de suite, je n’ai pas tout vu et d’ailleurs tout n’est pas exposé. Je me suis posée sur certaines de ses œuvres et j’ai eu le bonheur d’écouter les mots de notre cicérone, fin connaisseur de l’artiste. Et l’artiste m’a touchée. Il m’a émue cet homme au parcours contrarié par son handicap, dès l’adolescence, et pourtant si joyeux, si exubérant, si incroyablement vivant qu’il a véritablement dévoré la vie, mourant de syphilis, alcoolisme et épuisement conjugués à l’âge de 36 ans.

ci-dessus Le Jockey de Henri de Toulouse-Lautrec. lithographie au crayon, au pinceau et au crachis sur chine en six couleurs : pierre de trait en noir, pierres de couleurs en vert turquoise, rouge, brun, beige-gris et bleu, deuxième édition, épreuve du tirage à 112 exemplaires. 1899.

Dans mon enthousiasme de la rencontre, j’ai envie de vous raconter en vrac et sans ordre ce que j’ai découvert sur cet artiste. En premier lieu, il y a les animaux qu’il adore : les chiens, les oiseaux et surtout les chevaux qu’il va peindre lorsqu’il est encore adolescent, assis ou allongé sur une chaise longue, ce qui crée, parfois, une légère déformation dans la perspective. Ne pouvant plus faire d’équitation à cause de sa maladie (la pycnodysostose), il met toute sa passion pour l’animal dans ses dessins de celui-ci. Il continuera plus tard à l’âge de la maturité artistique et quelle vitesse, par exemple, dans ce dessin!

Ci-dessus à droite Comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec. 1881. Huile sur toile.

Ensuite, il y a les gens : les serviteurs parce qu’ils ne posent pas, ne composent pas, sa mère oui, souvent, une belle femme sobre et grave. Quand il peint sa mère, la comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec, celle-ci a souvent une expression contenue, pudique et simple avec parfois comme un sourire intérieur. Quelque chose de noble et de bon se dégage de ces portraits. Quelque chose que j’aime tout particulièrement. D’ailleurs, de manière générale j’aime les portraits qu’il peint. Profondément influencé par Degas, qui par ailleurs le snobe, il adopte la conception nouvelle d’une représentation de l’individu, dans son vêtement, avec ses habitudes, dans un environnement contemporain. Henri recherche la vie, toujours, et non la pose.

à gauche : La modiste de Henri de Toulouse-Lautrec. Huile sur bois. 1900.

Les œuvres qu’il réalisera dans les maisons closes sont, notamment à ce titre remarquable ! Il ne juge pas, ne dénonce pas. Sans aucun voyeurisme provocant, il observe la vie, leur vie et transcrit ce qu’il ressent. L’un de ses chefs d’œuvre est cette huile sur toile de 1894 « Au Salon de la rue des Moulins », précédée par un nombre conséquent de dessins et d’études préparatoires. Dans ce musée, on peut notamment admirer outre la peinture, un pastel de la même scène et chercher, en comparant les deux, les modifications que l’artiste a apporté en passant à l’huile.

Au Salon de la rue des Moulins de Henri de Toulouse-Lautrec. Huile sur toile. 1894.

Et puis, encore… Il me reste à vous dire… Il y a son cousin le médecin Gabriel Tapié de Céleyran aussi grand que lui est petit, son frère de cœur, son ami le plus proche que l’on retrouve sur certains tableaux… et les dîners pour ses amis… les fêtes… les blagues… sa joie de vivre, je dirai même sa gourmandise de vivre. Ah, oui, aussi, très important ! : ses couleurs fétiches sont le noir, le rouge et le jaune comme sur l’affiche qu’il a réalisé pour Aristide Briant.

Et, enfin, ses affiches… Ses affiches qui sont une révolution dans l’histoire de l’affiche. Tout particulièrement l’affiche  de La Goulue dansant le cancan. Il est le premier affichiste à se poser les questions suivantes : à qui est destiné le spectacle qui fait l’objet de l’affiche ? Dans quel contexte a lieu le spectacle ? Quel est l’objet de ce spectacle ? Ainsi apparaît donc sur cette affiche volontairement scabreuse une Goulue, jambe en l’air, culotte fendue (un scandale pour l’époque !), des ronds jaunes symbolisant des ampoules (les salles éclairées par l’électricité sont une attraction nouvelle et de choix), des spectateurs en ombre chinoise qui entourent la danseuse et au premier plan son compagnon de scène Valentin le Désossé… Tout un programme, présenté de la façon la plus alléchante et la plus attractive qui soit !

Henri de Toulouse-Lautrec sera particulièrement connu et reconnu pour son remarquable travail d’affichiste. Il sera nettement moins reconnu, à tort me semble-t-il, pour sa peinture sauf au Japon où il sera, d’ailleurs, le premier occidental que l’archipel nippon exposera.

La Buveuse ou Gueule de bois de Henri de Toulouse-Lautrec. 1889. Encre noire, crayon bleu et crayon Conté sur papier beige.

En sortant de ce très beau musée, je me sens enrichie de vie, d’art et d’histoires. Merci… Je fais encore un détour, juste en face, par la sublime cathédrale qui demande à elle seule tout un chapitre, toute une autre disposition, toute une nouvelle disponibilité d’âme… D’ailleurs, là, c’est presque trop… Rousseau, mon ami Jean-Jacques disait : « J’avais besoin de me recueillir pour aimer. » Moi, j’ai envie d’écrire : J’ai besoin de me recueillir quand je rencontre l’art, quand je rencontre un artiste. Je ne peux trop en voir car alors je ne vois plus, je consomme et l’art ne peut être de l’ordre de la consommation. En sortant de ma rencontre avec Henri de Toulouse-Lautrec, chère et somptueuse cathédrale, ne m’en veux pas, je n’ai pu prendre de temps pour toi, mais je reviendrai, promis…

MON CARNET DE NOTES

Hôtel du Bosc. 14 rue Henri de Toulouse-Lautrec 81003 Albi. Les tours de cet hôtel particulier et privé s’aperçoivent depuis la rue.

Musée Toulouse-Lautrec Palais de la Berbie. Place Sainte Cécile 81003 Albi tel : 05 63 49 48 70 ouvert tous les jours sauf le mardi. Les horaires changeant en fonction des saisons. Ne pas hésiter à se renseigner sur leur site : www.musee-toulouse-lautrec.com

Ce reportage a été réalisé grâce à www.tourisme-tarn.com