Reportage dédié à Ana Ka.

Au nord du Tarn se trouve un triangle d’or et de grâce, un morceau de terre qui, à certaines heures du jour, après certains virages, sur certaines hauteurs, porte en lui l’intemporelle beauté de la Toscane Italienne. En automne, ses aubes sont ourlées d’un sfumato fait de brumes et de perles de lumière d’une grande délicatesse. Cette somptueuse saison est particulièrement propice à la découverte des richesses de ce territoire où les villages perchés s’élancent vers le ciel, les bastides ont fières allures, les arbres rythment la douceur des collines, les vallons vêtus de vignobles bordent les forêts de chemins forcément enchantés…

En plein centre de ce triangle, soit entre Cordes-sur-Ciel, Gaillac et Albi, la bastide de Castelnau de Montmiral est une parfaite introduction à ce voyage que je vous propose dans celle que l’on nomme communément la Petite Toscane Tarnaise.

Depuis 2018, Castelnau-de-Montmiral – et sur la route des bastides, la forteresse de Puycelsi, surnommée la forteresse des bois qui mérite aussi une visite, – ont rejoint le cercle des Grands Sites d’Occitanie.

La première sur laquelle je me penche plus particulièrement fût fondée vers 1220-1222 par le comte Raymond VII de Toulouse. Son nom signifie presque littéralement « le mont d’où l’on voit »… et couronnant un promontoire rocheux, il est vrai qu’elle domine la vallée de la Vère au cœur du vignoble de Gaillac et la forêt de Grésigne.

Cette très belle place forte réputée imprenable au Moyen-Age résista aux assauts de la Guerre de Cent Ans, fût un abri pour les catholiques chassés de Gaillac devenue majoritairement protestante.

Après moults pérégrinations, elle intégra définitivement le domaine de la Couronne de France en 1497, à la mort de Charles Ier d’Armagnac dernier seigneur des lieux.

Aujourd’hui, trois portes, sur les six initialement ouverts dans les remparts, sont encore visibles, le château a été détruit pendant la Révolution mais la promenade à l’intérieur de l’enceinte, entre rues et ruelles enchevêtrées révélant de ravissantes demeures, est charmante.

Centrale, incontournable, particulièrement pittoresque, la place des Arcades est une merveille d’architecture médiévale. Depuis toujours point central de la vie économique et sociale de la petite cité, elle est encore la place du marché qui a lieu le mardi matin et perpétue sa vocation de lieu d’échanges et de rencontres.

Bordée aux quatre côtés par des maisons sur arcades en ogives, les façades de ses demeures ont l’apparence riche et fantasque propre au Moyen-Age, ici la brique est à l’honneur, là, la pierre blanche – pierre de taille – ailleurs, on découvre des panneaux à colombages en bois.

L’hôtel de ville et la maison Bozat datent du XVIIe siècle. L’office de tourisme s’y niche, ainsi qu’un café, plusieurs restaurants et, enfin, un hôtel, c’est-à-dire tout ce qui fait le cœur de vie d’un des villages classés parmi les plus beaux de France. Je vais même y découvrir l’ancien pilori qui n’est heureusement plus en fonction de nos jours.

Non loin sur le lieu-dit Mayragues, posé dans un magnifique écrin de verdure, le château éponyme primitivement appelé Château de Villeneuve est un rare et curieux mélange d’architecture médiévale et d’éléments Renaissance avec ses façades couronnées d’un très beau chemin de ronde en colombage encorbellé sur lequel, aujourd’hui s’ouvre les trois chambres d’hôtes du lieu.

J’arrive jusqu’à lui entre deux éclaircies, et sa propriétaire m’ouvre les portes de ce qui fût, initialement, une maison forte dont la construction remonterait au XIIe siècle. De fait, la bâtisse se présente comme un gros rectangle en pierre de taille ornée d’une tourelle ronde à un bout et à l’autre d’une tour octogonale un peu plus massive. Son pigeonnier à colonnes est quant à lui typiquement languedocien.

Ce château de Villeneuve changea de nom sous l’impulsion de Raymond de Tonnac – descendant de la famille de Tonnac propriétaire du bâtiment pendant trois siècles -. Raymond devint Sieur de Mayragues et, à partir du XVIIe siècle, offrit un certain faste à sa maison qui garde essentiellement, aujourd’hui des décors intérieurs ravissants datant de cette période.

Après bien des rebondissements, ce château laissé à l’état de ruine pendant un bon siècle fut acquis par Mr et Madame Geddes, un couple ayant le goût du risque, de l’aventure et il en fallait pour aborder les 35 années de réhabilitation nécessaires pour redonner et même donner vie et beauté au lieu, car on se sent bien dans cette bâtisse.

J’y étais, au chaud, à l’abri des intempéries automnales et dans un environnement distillant un véritable charme. Rythmés par certaines étapes comme celle qui a permis à la famille Geddes de s’installer définitivement dans les lieux en 1992 ou encore par l’obtention du Grand Prix des Vieilles Maisons Françaises en 1998, les travaux sont arrivés à leur terme en 2017 après la restauration de la chapelle.

Entre temps, la famille Geddes avait transformé les 30 hectares de bois et les 40 hectares de cultures en domaine de polyculture créant un écrin protecteur pour leurs vignes cultivées en biodynamie. A ce titre, dès 1999, le Château de Mayragues fût le premier domaine viticole du gaillacois à faire le pari d’une vigne dont l’entretien et la régénération naturelle sont issus de l’équilibre de la biodiversité.

Après cette délicieuse visite, j’allais déjeuner à Penne. Impressionnant village médiéval cathare, certes bien loin du charme « toscan » dont je parle en ce reportage, Penne, construit sur un éperon rocheux, surplombe la rivière L’Aveyron et protège plusieurs grottes et abris attestant de son existence en tant que lieu de vie depuis le Paléolithique.

Le site se développa dès le Haut Moyen Age et garde de son beau passé de sinueuses ruelles qui mènent jusqu’à la ruine de ce qui fût une imposante forteresse. Dressée sous un ciel d’orage, saisissante, elle avait, le jour de mon déjeuner sous son ombre, un dessin éminemment romantique qui me plût tout particulièrement. Je lui trouvais une allure terrible qu’un beau et grand soleil n’eut peut-être pas autant exalté.

Ce fût sous une pluie diluvienne que j’arrivais, un peu plus tard, à Cordes-sur-Ciel, l’incontournable, peut-être la plus belle des bastides albigeoises. La météo m’empêcha, certes, d’admirer ce qui fait en premier lieu la beauté mystérieuse de Cordes : la contemplation que l’on peut en faire certains jours de brumes où la cité fusionnée à son rocher, flotte sur les nuages, s’élançant vers ce ciel dont on lui accola officiellement le nom en 1993 sur une suggestion initiale datant de 1947 de la poétesse Jeanne Ramel-Cals.

Cordoa, de sa première et très ancienne nomination, fût construite, tout comme Castelnau-de-Montmiral, par le comte Raymond VII de Toulouse en 1222 sur une volonté de protéger le comté de Toulouse par le Nord du territoire et de barrer ainsi la vallée du Cérou qu’elle surplombe superbement.

Par ailleurs, les combats de la croisade des Albigeois ayant cessé, il était nécessaire de reloger les populations ayant tout perdu dans ces temps de fureurs. Souvent comparée à un livre d’art et d’histoires, la cité est ainsi dotée d’un patrimoine gothique exceptionnel parcourant les trois phases,  du primitif du XIIIe siècle au flamboyant du XVe siècle.

Profitant d’une certaine période de paix et donc de prospérité grâce aux commerces des draps, des soieries et des cuirs, entre la fin du XIIIe siècle et le milieu du XIV siècle tout particulièrement, les artisans, marchands et nobles firent bâtir des demeures luxueuses montrant leur richesse et leur puissance.

Offrant une belle unité architecturale à la ville, ces maisons gothiques – dont la Maison du Grand Ecuyer, la maison du Grand Veneur à la façade merveilleusement sculptée d’une scène de chasse notamment et celle du Grand Fauconnier pour les plus prestigieuses – réunissaient pour la plupart atelier, entrepôt et magasin au rez-de-chaussée, habitation au premier étage et greniers au second étage.

Je vous invite à remonter la Grand-Rue et ainsi à remonter le Temps, en commençant, ce qui n’est déjà pas très récent, au XVe siècle pour rejoindre le XIIe siècle.

La ville, un brin altière, ne se conquiert qu’à pieds, lentement avec un peu d’efforts mais tant de splendeurs à admirer, sur une montée de 900 m. Souvent, une devanture, une vitrine, vous arrêteront et vous découvrirez les galeries et ateliers d’artistes et d’artisans qui, poursuivant la belle tradition d’amour unissant les arts et Cordes depuis le Moyen-Age, n’en finissent pas d’être inspirés ou tout simplement d’aimer vivre dans cette bastide dont l’harmonie les nourrit. Boris Vian, Lawrence d’Arabie, Albert Camus eurent leurs habitudes en ces lieux. Et ce dernier écrivit fort justement : « …la beauté, ici, jour après jour, (l’) enlèvera à toute solitude. »

L’âme et les sens ayant atteint une telle plénitude, il fût alors temps pour moi, en retournant vers Gaillac, de m’arrêter au château-musée du Cayla à Andillac. Perchée sur sa butte et dominant des terres de forêts et de cultures, cette gentilhommière typique du Languedoc avec sa pierre blonde et chaude, date de 1452. Elle fût la maison de famille des Guérin et abrita les plumes peu connues voire méconnues de Maurice (1810-1839) et de sa sœur Eugénie (1805 – 1848).

Ce castel sans grandiloquence a été restauré en 2011 avec le concours de la décoratrice de théâtre Elisabeth Autran assistée de la dessinatrice Michelle Desmarets. D’une grande finesse, leur travail a exalté le caractère intimiste du lieu tout en présentant ses fonctions du temps où la famille Guérin y vivait. Ainsi l’écriture se mêle intelligemment à la découverte de la bâtisse et des deux poètes.

Devenue musée de France en 2003, la demeure reçoit le label du Ministère de la Culture : Maison des illustres, depuis 2016. Cette maison-musée conserve plus de 2000 documents qui ont permis la réalisation d’un parcours littéraire au sein d’une nature omniprésente et inspiratrice essentielle des deux auteurs. Après la découverte des intérieurs, je fis une longue et belle promenade dans ce grand parc déjà touché par les ors de l’automne et tout imprégné de la grâce spirituelle de la petite Toscane Tarnaise…

Mon Carnet de Notes

A voir, à visiter, à faire.

Regarder l’aube se lever sur Cordes s’élançant vers son Ciel puis remonter le Temps en empruntant la Grand-Rue, entrer dans les ateliers, les galeries, repartir avec un article en cuir fait sur place et presque sur-mesure, tomber amoureux d’une œuvre d’art, déguster des croquants… – Office de Tourisme  Maison Gaugiran 38-42 Grand’Rue Raimond VII 81170 Cordes-sur-Ciel www.cordessurciel.fr

Faire le marché, un mardi matin, au cœur de la bastide de Castelnau-de-Montmiral et découvrir ce très beau village de France – Place des Arcades, 81140 Castelnau-de-Montmiral www.tourisme-vignoble-bastides.com/

Admirer Puycelsi sur son roc dominant la Vère, belle comme dans un roman médiéval. 81140 Puycelsi www.tourisme-vignoble-bastides.com/

Se promener dans le très romantique parc du château-musée du Cayla avec un recueil des poèmes de Maurice Guérin dans les mains – 81140 Andillac Tel : 05 63 33 01 68  https://www.tourisme-tarn.com/patrimoine-culturel/chateau-musee-du-cayla musee.cayla@tarn.fr Ouvert du dimanche au jeudi de 14h à 17h. Fermé du 24 décembre au 15 février inclus ainsi que le 1er mai et le 1er novembre. Le parc est libre d’accès. L’entrée du château : Adulte : 3 euros. Groupes sur RdV : 2 euros. Gratuit pour les moins de 18 ans.

Où déjeuner Où dîner ?

En (presque) tête à tête avec la ruine de la forteresse de Penne, si pittoresque qu’elle en paraît vivante, au restaurant La Terrasse. Mme Kyriakos propose une cuisine traditionnelle du terroir à base de produits frais locaux – La Terrasse de Penne, Le Bourg, 81140 Penne – Tel : 05 63 56 35 03 www.restaurant-terrasse-tarn.fr/ Ouvert du jeudi au dimanche de 9h à 23h, le lundi de 9h à 16h, le mardi de 9h à 19h. Fermé le mercredi.

De la savoureuse cuisine bistronomique de Bernard Gisquet, mêlant élégamment tradition et innovation, dans laquelle les produits frais et locaux se marient avec des saveurs inattendues. Lou Cantoun 4 Route d’Albi, 81150 Cestayrols tel : 05 63 53 28 39 https://restaurant.loucantoun.fr 

Où dormir ?

Dans une chambre s’ouvrant sur un chemin de ronde avec une belle campagne à perte de vue au Château de Mayragues. On en profite pour déguster les vins de la propriété cultivés en biodynamie et repartir avec un choix d’élection. Famille Geddes Château de Mayragues 81140 Castelnau de Montmiral tel : 05 63 33 94 08 www.chateau-de-mayragues.com

Non loin de Gaillac, dans cette campagne évoquant particulièrement la Toscane, dans un château aux chambres contemporaines chacune disposant d’une kitchenette qui donne une certaine indépendance, de goût, d’horaires, de vie. Le petit déjeuner est déposé devant la porte à l’heure souhaitée et la veille, si vous rentrez tard ou ne voulez pas ressortir, Nathalie vous déposera une caisse gourmande sorte de doggy bag impressionnant ! Mme Nathalie Deschamps Château de Tauziès1850 Route de Cordes 81600 Gaillac tel : 05 63 41 26 80 https://www.chateaudetauzies.com/ contact@chateaudetauzies.com

Ce reportage a été réalisé grâce à Tarn Tourisme.

(Je vous donne rendez-vous le 20 novembre pour la suite de cette promenade dans la Petite Toscane Tarnaise.)

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