L’Ariège, terre au patrimoine vivant, architectural ou paysager très riche, possède aussi ses musées insolites, dans mon verbe à moi, j’appelle cela des pépites car ils font briller dans l’ombre toute une vie souvent méconnue. Je vous propose aujourd’hui de découvrir quelques unes de ces pépites ariégeoises, ces petites merveilles secrètes et délicieuses.

La pharmacie de l’Hôtel-Dieu de St Lizier

Cette ravissante pharmacie classée parmi les trente pharmacies remarquables de France et inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, se trouve derrière l’ancienne cathédrale St Lizier dans la pittoresque cité éponyme. Elle fit partie d’un hôtel-Dieu dont la construction, financée et souhaitée par Mgr de Marnays de Vercel évêque des lieux de 1752 à 1779, fût achevée en 1764. Dans cet hôpital, puis hospice, se trouvait cette très belle pharmacie aux boiseries en merisier et poirier Louis XV, copieusement garnies de pots de faïence bleus ou polychromes, de bocaux et de bouteilles en verre soufflé. Vers 1930, un chanoine, archiprêtre de Saint-Lizier s’opposa à sa vente à un américain qui en ambitionnait l’acquisition. Ensuite, une religieuse de l’ordre de Nevers en prit soin et organisa des visites.

De nos jours, pour accéder à cette pharmacie, il nous faut traverser l’ancien jardin des simples, en terrasse, faisant face à la chaîne des Pyrénées et franchir une porte monumentale encore plus surprenante par sa dimension que derrière, la pharmacie ne fait que 25m2…. Mais sa disposition est particulièrement harmonieuse avec des vitrines d’angle cintrées et au centre une longue table rehaussée de marbre avec pilons et gros mortiers en bronze et en marbre près à l’utilisation.

Dans les armoires vitrées et les tiroirs aux belles couleurs ambrées presque rouges par endroit, on trouve aussi divers instrument de mesure, une très belle trousse de chirurgie, des livres dont le « Pharmacopée universelle » de Nicolas Lémery, des terrines, des coupes, des pots canons sur piédouche et des chevrettes pour les sirops, des albarelles à couvercles pour les poudres et onguents. Tout un monde qui donnerait des envies d’apothicairerie ou d’herboristerie au moindre amoureux du soin par les plantes !…

Le musée des montreurs d’ours

Ce musée bien caché dans la vallée, à Ercé, est la mémoire d’un métier spécifique au Couserans : l’oussaillé et d’une histoire totalement méconnue pour bon nombre de visiteurs dont moi. Nous sommes à la fin du XIXe siècle. Le hameau de Ercé était très peuplé, les terres étaient, de fait, en surexploitation. Il fallut donc émigrer, comme souvent l’ainé resta et les autres partirent mais accompagnés de leur ours ! L’ours était, certes, chassé pour se nourrir, mais ses oursons étaient capturés par les villageois des vallées du Garbet et de l’Alet et dressés. La petite histoire de cette grande petite histoire laisse dire que ce serait les tsiganes qui auraient appris à dresser les ours pour les montrer…

Ainsi pourvu d’un rare compagnon, les hommes quittaient leur village pour « montrer » leur ours sur les routes du monde allant de la France à l’Australie, la Nouvelle-Zélande jusqu’en Amérique. A Central Park, on montrait les ours sur le roc d’Ercé tous les dimanches. En Nouvelle-Zélande et en Australie, ils étaient souvent intégrés à des cirques. A Ercé, ceux qui sont revenus furent surnommés « les américains », nombreux ne sont jamais revenus et une véritable diaspora Ercéenne existe à New-York, certaines femmes les ont suivi devenant femme de ménage, assistante maternelle, couturière… Existant depuis une vingtaine d’années, ce petit musée dans le village d’Ercé qui comptait le plus de montreurs d’ours raconte cette surprenante histoire par, notamment, une succession de portraits de ces Ercéens mais, explique aussi la fascination pour l’ours, un animal symbolisant la puissance et le monde sauvage.

Au Pays des Traces

A Saint Lizier, ce parc à thème très intimiste permet de découvrir l’ichnologie, c’est-à-dire la science des traces. Il vous accueille – touristes, familles, amis – pour vous permettre de vivre, le temps d’une journée ou d’une demi-journée, l’expérience d’un pisteur, d’un mouleur, d’un détective, d’un archéologue ou d’un trappeur (Sincèrement qui dit mieux!?)… L’intitulé des différents ateliers est particulièrement alléchant : « Grotte du loup » pour apprendre à reconstituer des empreintes préhistoriques, « Archéologie et fouilles » pour s’initier à la technique des fouilles, « moulage » pour apprendre à reconnaître et à mouler des empreintes voire, s’initier à la lecture de traces et au moulage directement sur le terrain, donc en conditions réelles ! « Casseur d’os » est un atelier où l’on apprend à mieux connaître les rapaces notamment le gypaète barbu. « Techniques de montagne » permet d’apprivoiser le milieu montagnard et ses risques tout en s’amusant et la liste n’est pas finie !

Personnellement, j’ai rapidement parcouru (car le temps des reportages ne me permet pas toujours de faire ce que je veux !) le joli jardin d’art taupière qui sert à découvrir la grande faune pyrénéenne et juste avant de repartir, dans la boutique, j’ai longuement louché sur un nécessaire d’aventurier comprenant le sacro-saint couteau et la Georgette, drôle de cuillère-fourchette créée par J-L. Orengo célèbre ariégeois. Au Pays des Traces est porté par une association agréée éducation populaire, conventionnée par l’éducation nationale pour intervenir en milieu scolaire et pour organiser des séjours « trappeurs » ou en montagne. Les dispositifs permettent une accessibilité aux handicapés.

MON CARNET DE NOTES

Visite de la pharmacie de l’hôtel-Dieu à St Lizier sur réservation uniquement. Tel 05 61 96 77 77. www.tourisme-stgirons-stlizier.fr

Le musée des Montreurs d’Ours au rez de chaussée de la Mairie d’Ercé ouverte tous les après midi des mois de juillet et d’août. Et sur réservation toute l’année. Tel : 06 82 58 82 36/ 05 61 66 86 00  www.patrimoine-du-couserans.com

Au Pays des Traces Ferme de Miguet – 09190 Saint Lizier www.paysdestraces.fr tel : 05 61 66 47 98 info@paysdestraces.fr

Ce reportage a été réalisé grâce à www.ariegepyrenees.com. Mes remerciements vont en particulier à Mado Goncalvès.

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