Reportage dédié à Corinne S-A.

Ma première fois de Bourges remonte au début des années 2000, un voyage de presse faisait une halte le temps d’une soirée dans la capitale historique du Berry. A l’époque, je savais bien peu de choses de cette ville si ce n’est qu’elle est à quelques dizaines de kilomètres du centre géométrique de la France métropolitaine et que l’amant de George Sand, Louis-Chrysostome Michel dit Michel de Bourges y avait vécu, George le retrouvant souvent dans cette ville jusqu’en 1837 environ. Mais, ce soir du début des années 2000, dans la douceur d’un mois de juin clément, je succombais au charme de Bourges et me promis à moi-même d’y revenir un jour pour y faire différents reportages ce qui fût fait, enfin, tout récemment. Ce reportage en trois publications vous proposera un choix non exhaustif mais conséquent de lieux à visiter, d’adresses à découvrir, d’étapes où musarder dans la ville et prendre son temps.

La richesse du patrimoine de Bourges est absolument remarquable, le cœur de la ville est doté d’une concentration architecturale issue du gothique flamboyant et de la 1ère Renaissance qui lui donne un cachet spécifique et une élégance somptueuse.

Mais l’histoire de Bourges remonte à l’Antiquité – pour le moins, car on évoque un caveau et ses quelques 46 habitants sur le site datant du Néolithique – où elle fût la capitale du peuple gaulois des Bituriges Cubes sous le nom Avaric signifiant globalement le lieu sur l’Yèvre (une des rivières de Bourges), et deviendra Avaricum lorsque César, après un siège de plusieurs mois et une répression terrible, en fit une ville romaine capitale de la province d’Aquitaine Première.

La plus belle trace de sa période gallo-romaine se trouve dans son enceinte datant du IVeme siècle après J-C. A cette époque, la cité a déjà perdu les dimensions très importantes qui furent les siennes durant le Haut-Empire, les invasions barbares l’amenant à se replier sur elle-même et à se protéger d’où la construction de l’enceinte.

La promenade des remparts, suivant les anciennes fortifications, enserre la ville antique soit le centre ville actuel, et toutes les époques qui se sont ensuite greffées sur ces pierres, dont une nouvelle muraille construite au XIIe siècle pour remplacer la première, s’y trouvent représentées à un moment ou un autre de la balade. Cette enceinte se développant sur une surface de 25 hectares, l’une des plus vastes de l’époque, fait l’objet de quatre classements au titre des Monuments Historiques. Il est particulièrement agréable de suivre son contour car, ici, je croise un jardinet ravissant, là je prends un thé à une petite terrasse calme et ombragée, ou encore, je savoure une cuisine recherchée dans un des meilleurs restaurants de la ville La Suite.

On retrouve aussi des fragments de l’enceinte en des moellons de calcaire blanc chaîné de trois rangées de brique dans le jardin de l’Archevêché jouxtant la célèbre cathédrale au centre du centre de la ville.

Bourges était ville royale depuis 1100, son archevêque et le roi de France eurent besoin d’une figure de proue pour asseoir le prestige du domaine capétien au sud de la Loire. La cathédrale Saint Etienne fut donc réalisée pour être unique dans sa conception.

Son chantier, commencé en 1192, dura 250 ans. Que de vies d’ouvriers s’y sont inscrites… On en retrouve des traces discrètes mais qui incarnent soudainement le quidam de l’époque, lui donnant vie particulière et émouvante, comme là une signature, bien rare à l’époque, celle d’un sculpteur Aiguillon de Voves (1250) sous les pieds de vendangeurs ciselés sur la façade occidentale ou comme ici : ces fesses sculptées au milieu de gargouilles font entendre le rire qui a dû éclater entre les ouvriers de la bonne blague qu’ils faisaient au clergé !

Petite sœur de Notre Dame de Paris, mais représentant, avec les cathédrales d’Amiens et de Chartres, la synthèse de toutes les perfections gothiques, la cathédrale de Bourges est celle qui incarne le mieux la lux continua. Cette mise en scène de la lumière permet à la communauté de vivre l’expérience d’une lumière divine pénétrant par les vitraux initiant une communion dans la réception de la Grâce ne connaissant plus d’obstacle à son épanouissement.

Dans cet édifice incontournable, inscrit au classement de 1992 du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, le promeneur déambule dans un véritable bain de lumière, chaleureux, coloré, foisonnant. J’oserai dire qu’il se promène dans une extraordinaire enluminure en volume, en 3 D dirions-nous aujourd’hui.

A l’extérieur, je retrouve l’élégant jardin de l’Archevêché avec ses fragments de l’enceinte gallo-romaine, ses vases « Cugnot » de 1856 aux représentations saisonnières, un obélisque érigé à la mémoire du duc de Béthune Charost qui échappa à la guillotine car il était aimé de ses administrés. Bourges lui doit une diversification de l’agriculture et la réintroduction du mouton du Berry, enfin, le buste de Louis Bourdaloue surnommé « le prédicateur des rois et le roi des prédicateurs ». Ce jésuite au service de Louis XIV faisait de si longs discours que les dames venant l’écouter et n’osant quitter l’assemblée se faisaient passer un pot de chambre pour se soulager… ce pot prit le nom de « bourdaloue »…

Situé face à la cathédrale, et jouxtant le jardin, le bâtiment de l’ancien palais archiépiscopal abrite le musée des Meilleurs Ouvriers de France. Ce musée unique dans l’hexagone, met en valeur les savoir-faire, les métiers d’artisanat d’art ou métiers dits manuels et dont la main produit des créations qui ne cessent de m’émerveiller. Inauguré en juin 1995 sous le parrainage de Géraldine Chaplin, ce musée expose ses collections dans 400m2, à la fois dans une collection permanente présentant notamment tout ce qui concerne la création du mouvement des MOF et dans différentes expositions temporaires aux thématiques variées. Au total ce sont plus de 200 métiers qui sont présentés ici dans leur histoire, leur évolution, leur disparition ou leur naissance.

Bourges est devenue capitale du duché de Berry courant du XIVe siècle et fut donnée en apanage au célèbre duc de Berry. Jean de Berry, grand seigneur, pair de France, mécène au goût novateur et raffiné, entretint une cour fastueuse et attira dans la ville de nombreux artistes et artisans. Il initia divers chantiers qui marquèrent profondément la ville et une administration dont le Dauphin, futur Charles VII de France, tira grand avantage lorsqu’il se réfugia dans la ville lors de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

Qui dit Charles VII dit souvent Jeanne d’Arc, aussi cette dernière séjourna à Bourges chez Marguerite la Touroulde à l’hôtel de Bouligny, et, autre murmure des pierres de la ville, sur une façade semblable à tant d’autres ici, je lis son nom sur une pierre, bien érodée et pâlie, commémorative du lieu où elle fit enregistrer ses lettres de noblesse reçues le 29 décembre 1429 au château de Mehun par Charles VII.

Durant tout le Moyen-âge, Bourges fût régulièrement le siège d’incendies qui modifièrent l’architecture de la ville. A la fin de ce XIV siècle si princier pour Bourges au point d’être un temps la capitale de la France, un nouvel et terrible incendie détruisit le tiers de la ville. Ce Grand incendie de la Madeleine de l’été 1487 marqua les prémices d’un déclin qui allait finalement protéger la ville en son patrimoine architecturale, la plongeant dans un long sommeil à une époque charnière et nous offrant plusieurs siècles plus tard, merveilleux cadeau du Temps, une ville témoignage d’une autre époque. Ainsi notamment dans l’environnement et en contrebas de la cathédrale et du jardin de l’Archevêché, en repassant par un bout de la promenade des remparts, plus de 400 maisons à pans de bois de la fin du XVème siècle sont préservées et les premiers représentants de ce que l’on appelle la 1ère Renaissance sont encore visibles.

L’Hôtel Lallemant en est un parfait exemple. Construit vers 1510 par les Lallemant riches notables et humanistes berruyers – nom que portent les habitants de Bourges – ce sublime bâtiment entre cour et jardin offre à l’admiration un ensemble splendide de sculptures décoratives caractéristiques du règne de Louis XII mêlant éléments gothiques et ornements de la Renaissance. La distribution des pièces est, aussi, plus fonctionnelle avec notamment l’apparition de la garde-robe jouxtant la chambre. Ce lieu devenu Musée des Arts Décoratifs à partir de 1951, rassemble diverses collections de peintures (dont des petites merveilles…), de mobiliers, de tapisseries, de faïences et d’autres objets d’art dont certaines pièces sont exceptionnelles comme un somptueux cabinet à placage d’ébène du milieu du XVIe siècle.

Au milieu de ce secteur, la rue Bourbonnoux est un monde dans un monde, un village dans un quartier. Il me suffit de pousser la porte de la librairie-bouquiniste Le Pass’âge et d’engager la conversation avec Marie-Pierre pour en être assurée : « La rue Bourbonnoux est la plus belle rue de Bourges, la plus belle rue du monde ! » Voilà qui est dit. En cette rue, typique du Moyen-Âge, qui n’est pas une galerie marchande même si j’y trouve une tapissière, un luthier, un bijoutier, une tatoueuse, une modéliste et divers restaurants, je flâne, je baguenaude, je furette, je pourrais bien y passer ma journée, y laisser glisser le Temps, si je n’avais pas un programme de rendez-vous si conséquent. J’essaye des chapeaux ici, achète un livre là, goûte à quelques chocolats un peu plus loin… Au cœur de Bourges et ses splendeurs, un art de vivre alliant courtoisie, audace et simplicité à la fois semble l’empreinte de cette rue délicieuse... (à suivre…)

Mon Carnet de Notes

Se renseigner et plus…

Office de tourisme de Bourges Berry Tourisme – Place Simone Veil 21 rue Victor Hugo – 18000 Bourges – Tel 02 48 23 02 60. contact@bourgesberrytourisme.com www.bourgesberrytourisme.com Horaires : De avril à septembre de 9h à 19h sauf dimanche et jours fériés de 10h à 18h. De octobre à mars de 10h à 18h du mardi au samedi sauf le lundi de 14h à 18h. Fermé dimanche et jours fériés.

A voir, à visiter, à faire

La visite « Murmures de pierres » avec une guide conférencière agréée par la Direction du Patrimoine, vous permet de découvrir la ville sous un angle plus confidentiel, plus secret… J’ai personnellement apprécié ce regard tout en finesse sur la ville. – Pour tout renseignement contacter l’Office de Tourisme de Bourges tel : 02 48 23 02 60

La promenade des remparts peut se faire à partir du 66 rue Bourbonnoux. Le circuit principal entourant la vieille ville dure 1h15 environ sans  les visites intérieures des monuments – pour tout complément d’information contacter l’Office de Tourisme de Bourges Place Simone Veil tel : 02 48 23 02 60

La cathédrale Saint-Etienne est absolument incontournable avec ou sans guide conférencier !– Place Etienne Dolet – 18000 Bourges – Ouvert tous les jours de 9h30 à 11h30 et de 14h à 18h sauf le dimanche matin – FOCUS BOURGES LA CATHEDRALE SAINT-ETIENNE, ce petit livret d’aide à la visite est en vente à l’Office de tourisme de Bourges.

Flâner dans le jardin de l’Archevêché spécialement pour sa vue imprenable sur la cathédrale et puis, parce qu’une pause dans un jardin fait toujours du bien au milieu d’un grand week-end de découvertes variées1 avenue Eugène Brisson 18000 Bourges

Le Musée des Meilleurs Ouvriers de France, unique en France et s’articulant autour de métiers qui font l’art de vivre de notre quotidien… – Place Etienne Dolet 18000 Bourges www.ville-bourges.fr/site/musees Ouvert de 10h à 12h et de 14h à 18h. Fermé le dimanche matin et le lundi.

L’Hôtel Lallemant et ses collections d’art et d’art décoratif. Une visite nécessaire à Bourges – 5 rue de l’Hôtel Lallemant 18000 Bourges tel 02 48 70 23 57 – www.ville-bourges.fr/site/musee-arts-decoratifs.fr Ouvert du 2 janvier au 31 décembre de 10h à 12 et de 14h à 18. Fermé les lundi et dimanche matin et les 1er novembre, 25 décembre, 1er janvier et 1er mai.

Musarder et prendre son temps dans la rue Bourbonnoux en poussant les portes de :

La Librairie Bouquiniste Le Pass’âge discuter avec Marie-Pierre de la plus belle des rues au monde et trouver un livre sur Bourges. Lors de mon passage, j’ai déniché « Le Franciscain de Bourges » une lecture émouvante…– 57 rue Bourbonnoux 18000 Bourges – Tel 06 77 72 36 77 simeonmariepierre@gmail.com @ Bouquinerie Pass’âge

L’atelier d’Eve et essayer les chapeaux ou les autres pièces uniques créés par Evelyne tombée amoureuse de Bourges – 96 rue Bourbonnoux 18000 Bourges – 06 81 50 79 47 www.latelierdeve.fr Latelierdeve@gmail.com

La Chocolaterie Jovy et craquer pour un rocher praliné amande noisette avec éclats de nougatine et brisures de crêpes dentelles…– 3 rue Bourbonnoux 18000 Bourges Tel 02 48 24 11 64 https://www.noeljovy.fr/

Le Jardin des Lettres et repartir avec une gravure ancienne de Bourges – 5 rue Bourbonnoux 18000 Bourges tel : 02 48 24 68 55 librairie-jardin-des-lettres@wanadoo.fr

Où déjeuner, où dîner et se faire plaisir…

La gargouille est un bistrot restaurant servant une agréable cuisine française dans un cadre soigné orné de gargouilles, de vieilles pierres, de murs patinés… – Bistro.resto -108 rue Bourbonnoux 18000 Bourges Tel 02 48 23 59 Ouvert tous les jours sauf le mardi de 12h à 14h et de 19h à 22h bistro.lagargouille@gmail.com https://www.restaurant-lagargouille.fr/

A La Suite, un repas s’impose dans ce restaurant gastronomique où les accords mets-vins sont fins et sensibles. Le duo des frères Rétif qui sont aux commandes de ce joli lieu a décidé volontairement d’abandonner son étoile au Michelin en 2015, faisant le choix d’une plus grande convivialité et d’un retour à la simplicité pour une cuisine toujours aussi savoureuse. – 50 rue Bourbonnoux 18000 Bourges http://www.lasuite-bourges.com/ du mardi au samedi de 12h à 14h et de 19h30 à 22h. Réservation : 02 48 65 96 26 ou contact@lasuite-bourges.com

Où dormir

A l’Hôtel d’Angleterre, en plein centre ville, on s’installe et on fait tout à pied. – 1 place des 4 Piliers 18000 Bourges – Tel : 02 48 24 68 51 https://www.bestwestern-angleterre-bourges.com/

Au Coeur de Bourges dans une grande et belle chambre d’hôtes à la décoration délicieusement surannée, nichée dans un hôtel particulier. – M. et Mme Boudet – 10 rue de l’Hôtel Lallemant – 18000 Bourges. Tel : 02 48 24 64 10.

Ce reportage a été réalisé grâce à Tourisme & Territoires du Cher. www.tourisme-territoiresducher.fr et à Bourges Berry Tourisme 21 rue Victor Hugo 18000 Bourges. Tel : 02 48 23 02 60 www.bourgesberrytourisme.com contact@bourgesberrytourisme.com

(Je vous retrouverai le 25 septembre avec le second volet de ce grand week-end à Bourges et d’ici là souhaite à chacun de vous, ami lecteur, un beau mois de rentrée…)

Vous aimez mon travail ? Permettez-moi de vous prévenir des prochaines parutions.