Un peu excentré du cœur de Bourges, le Musée de la Résistance et de la Déportation du Cher est un musée départemental qui mérite que l’on fasse le chemin jusqu’à lui. Créé, il y a dix ans, sur le site des archives départementales qui sont toujours à la disposition du public en salle de lecture, son propos s’est articulé autour de la ligne de démarcation dans le Cher durant la Deuxième Guerre Mondiale. Durant ces années noires de l’Occupation, le département a vécu au rythme de cette ligne et de la Résistance. Ce passé devait impérativement bénéficier d’un droit à l’histoire pour les générations suivantes.

Issu de la réunion des collections des musées de Bourges et de Fussy, plus de 200 objets (uniformes, armes, drapeaux, cartes, tickets de ravitaillement…), documents d’archives (attestations de décisions politiques, condamnations, sabotages, actes de répression, dénonciations…) et témoignages (émouvants, édifiants…) sont exposés de façon permanente sur un parcours en quatre salles structurées autour de la ligne de démarcation matérialisée de façon à rendre concrète la notion de « passage ».

Captivant et très pédagogique, ce lieu de mémoire devient particulièrement touchant lorsque je découvris les portraits de certains passeurs dont le très jeune (17 ans !) Henri Bardin qui fit passer plus de 800 personnes à travers le champ de tir du Polygone entre décembre 1940 et novembre 1942. Plus tard, ma lecture de l’ouvrage Le franciscain de Bourges que j’avais acheté à la bouquinerie Le Pass’âge rue Bourbonnoux allait achever de donner pleinement vie à cette page de l’histoire du Cher et de Bourges.

En remontant vers le centre ville, j’eus très envie de me rendre au Museum d’histoire naturelle, l’un de mes lieux préférés en général quand je voyage et découvre une ville. Créé au début du XXe siècle, aujourd’hui sur 2000m2 d’expositions permanentes, outre ses 150 000 spécimens témoignant de toute la biodiversité de la planète, ses poétiques dioramas d’un autre temps, depuis sa réouverture en 1989, il est spécialisé dans l’étude des chauve-souris devenant une véritable référence au niveau mondial.

En cette terre du Berry, terre de sorciers, de légendes, sous l’impulsion de son directeur Sébastien Minchin, ce Museum durable et responsable œuvre à « dédiaboliser » la chauve-souris, sensibilisant le quidam en montrant toute la nécessité de ce mammifère fascinant au sein de la biodiversité. Un étage du musée lui est entièrement consacré et sa visite attentive m’a permise de comprendre la richesse incroyable de cet animal, d’admirer son étrange beauté, de découvrir l’importance de sa vie préservée sur notre terre.

Pour continuer sur le sujet du vivant et des écologies mais en l’abordant par le domaine de l’Art, je me dirigeais à l’ouest, route de La Chapelle, vers le centre d’Art Contemporain le Transpalette. Créé en 2020 sur le lieu bien connu pour les berruyers – nom des habitants de Bourges – de Antre Peaux, soutenue notamment par la Drac Centre-Val de Loire, où des artistes de différents horizons et différentes pratiques oeuvrent déjà régulièrement, le Transpalette est plus particulièrement réservé aux Arts Plastiques.

Ce centre d’Art favorise l’éducation artistique pour tous les publics en veillant sur la qualité de la transmission grâce à des rencontres avec les artistes, par exemple, ou encore à l’organisation d’ateliers de pratiques artistiques.

Le jour de ma visite, j’y découvris le concept, tout nouveau pour moi, d’écoféminisme en déambulant dans les vastes et lumineuses salles du Transpalette reconverti en temple métaphorique du dit-état « écoféministe ».

Ce courant de pensée, né dans les années 1970, relie toutes les dominations pour mieux lutter contre elles…

Ici, de façon sensible et parfois assez mystérieuse, les œuvres d’artistes de générations et de cultures variés invitaient à réfléchir à un espace écoféministe où une sorte d’harmonie naturelle émanerait de l’éradication des dominations qui en empêchent de nos jours l’émergence bienfaisante…

En sortant de ce joli moment de poésie, je marchais tranquillement dans la rue d’Auron, jusqu’à l’église St Pierre-le-Guillard où je me posais quelques instants dans son silence bienfaisant. Saint Pierre-le-Guillard est l’une des rares églises gothiques du Cher.

Nettement plus ignorée que sa célèbre comparse et contemporaine cathédrale de Saint Etienne dont je vous ai parlé dans la première partie de ce grand week-end à Bourges,mais tout comme elle, cette ravissante église est dépourvue de transept et possède un déambulatoire à chapelles rayonnantes.

Rapidement construite, dans les années 1220 selon Gaspard Thaumas de La Thaumassière, elle possède notamment un vitrail de Sainte Solange, patronne du Berry, née à Bourges, morte dans un petit village du Cher qui prit son nom, et le tableau de la conversion de Zacharie le Guyard ou Guillard par le bon St Antoine de Padoue. Ce Zacharie ou Zacarie aurait accepté de se convertir à la seule condition que sa mule famélique, la pauvre bête (!), refuserait de manger de l’avoine pour adorer Jésus-Christ. Ceci fût fait et devant l’animal incliné face au Saint Sacrement, Zacarie se convertit, finançant par la suite la construction de l’église St Pierre-le-Guillard qui porte trace de l’histoire.

Non loin, la rue d’Auron se fait piétonne, charmante, commerçante et réputée pour être une rue qui berça l’enfance du très célèbre Jacques Cœur. Longtemps, une légende urbaine prétendit le n°1 de cette rue comme étant la maison natale du grand argentier de Charles VII, ce qui était inexact. Aussi, de nos jours, mon cicérone me présente, non sans humour, la vraie – fausse maison natale de Jacques Cœur, et l’une des vraies maisons de son épouse Macée de Léodepart qui en possédait plusieurs.

Le somptueux Palais Jacques Cœur, l’un des plus beaux ouvrages gothiques civils du XVe siècle en France, est un peu plus loin, dans le centre historique, donnant sur l’une des belles rues pavées de la ville. Mais juste avant sa découverte, à quelques mètres, je passais une heure délicieuse dans le ravissant salon de thé accolé à la boutique déco de Philomène en ville.

Enfin, je fus devant la splendide et prestigieuse demeure imaginée et voulue par Jacques Cœur, natif de Bourges, issu d’un milieu modeste, devenu Grand argentier du roi Charles VII.

Figure fascinante au destin fascinant, nous lui devenons sa non moins célèbre devise : « A cœur vaillant, rien d’impossible ! ».

Être argentier signifiant être intendant, Jacques Cœur accorda une importance considérable à ce service auprès du roi, il porta son titre comme un honneur et éleva sa profession à un rang supérieur qui lui valu d’être anobli par Charles VII.

En pleine réussite, vers 1440, Jacques Cœur souhaitait posséder dans sa ville natale, une demeure digne de son prestige. Il commanda, alors, la construction d’une résidence tenant à la fois du logis seigneurial et de l’hôtel urbain inspiré par la Renaissance Italienne qu’il avait maintes fois admiré dans ses voyages.

Bâtie sur un terrain de 8000m2, avec pour centre un donjon féodal d’une ancienne seigneurie, cette Grand’Maison à l’architecture très aristocratique mêle somptueusement des éléments d’inspirations gothiques, la symbolique royale, les éléments des armes de Jacques Cœur et des représentations réalistes de la vie quotidienne ou issues de ses souvenirs de voyage.

Pour autant, tout fût pensé pour être fonctionnel. C’est ainsi que nous pouvons admirer des équipements de confort – jusque là, très rares – préfigurant les hôtels particuliers Renaissance et classique qui se développèrent par la suite.

Jacques Cœur ne vit jamais sa Grand’maison terminée, le destin devint brutalement nettement plus contrariant et sa vie définitivement romanesque…

La Grand’Maison eût de nombreux locataires, souvent extraordinaire tels Catherine de Médicis ou encore Colbert, avant d’être Classé monument historique dès 1840 sous l’impulsion de Prosper Mérimée. Devenu propriété de l’état, le Palais Jacques Cœur est un lieu unique qui se visite aussi nécessairement que la cathédrale Saint Etienne.

C’est à la découverte d’une adresse intimiste que l’on se confierait presque comme un secret des plus précieux à laquelle je vous convie pour clore ce deuxième volet d’un grand week-end à Bourges.

A quelques trois cents mètres du Palais Jacques Cœur, l’Hôtel Panette est un lieu pour amoureux fous des vieilles pierres et des belles histoires dont il regorge des unes comme des autres.

A l’Hôtel Panette, je croise, pêle-mêle, Don Carlos en exil, le plan de Panette, un Guarnerius violon prestigieux, mythique évidemment, ou encore l’ombre de Jeanne d’Arc sur les tours de la cathédrale, la nuit venue…

Le salon du rez-de-chaussée est à lui seul un résumé de l’élégance particulièrement raffinée et de l’art de vivre quintessenciel qui ont cours dans cette magnifique demeure.

L’Hôtel Panette est inclassable, donc rare.

Il tient de la maison d’hôtes, du gite-chic – mais le terme lui va si mal…-, de l’hôtel particulier, du château en ville avec ses 1000 mètres carrés et fut à l’origine, en 1418, l’ancienne Maison des Trésoriers de la Sainte Chapelle de Bourges dont il ne reste aujourd’hui que la façade aux deux portes en anse de panier surmontée d’une archivolte en arc brisé typique de l’architecture gothique du début de ce XVe siècle particulièrement faste dans le duché du Berry.

Bienheureusement acquis fin 2011, sauvé, restauré, aimé par Bruno et Laurence Lageline, le site a bénéficié de savoir-faire divers et d’un soutien sans faille de la part de leur famille, des amis et des associés dont le couple a eu le grand talent de savoir s’entourer comme Pierre Morillon de la Contrie, superviseur des chantiers, et Jean-Luc Charpagne, artiste designer, pour ne citer qu’eux.

Lors de ma venue, la cuisinière sortait du four des petites brioches fourrées de fruits frais, fondus… L’odeur de gourmandise se mêlait aux beautés gracieuses que j’admirais, j’avais envie de rester vivre, ici, à Bourges… ( à suivre)

Mon Carnet de Notes

Se renseigner et plus…

Office de tourisme de Bourges Berry Tourisme – Place Simone Veil – 18000 Bourges – Tel 02 48 23 02 60. contact@bourgesberrytourisme.com bourgesberrytourisme.com Horaires : De avril à septembre de 9h à 19h sauf dimanche et jours fériés de 10h à 18h. De octobre à mars de 10h à 18h du mardi au samedi sauf le lundi de 14h à 18h. Fermé dimanche et jours fériés.

A voir, à visiter, à faire

Comprendre avec précisions, sciences et beaucoup d’humanité, l’histoire de la ligne de démarcation qui sépara le département et la ville de Bourges en deux. Une visite de mémoire captivante. Musée de la résistance et de la déportation du Cher, Rue Heurtault de Lamerville, 18000 Bourges. Tel 02 48 55 82 60 direction.archives@departement18.fr  www.resistance-deportation18.fr Ouvert du mardi au vendredi de 8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30, samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h. On y accède par l’A71 sortie 7 ou encore depuis la gare SNCF de Bourges, prendre un bus ligne 1 puis changer à « Place de la Nation » et prendre le bus ligne 3, arrêt « Archives »

Se passionner pour la chauve souris au Museum d’histoire naturelle de Bourges – Les rives d’Auron 18000 Bourges – ouvert tous les jours de 14h à 18h et de 10h à 12h du lundi au vendredi durant les vacances scolaires de la zone B – Tel 02 48 65 37 34 www.museum-bourges.net museum-accueil@ville-bourges.fr Les expositions sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Rencontrer le geste et l’œuvre d’artistes contemporains qui rendent l’Art éternellement vivant et en mouvement à ANTRE PEAUX/ TRANSPALETTE centre d’art contemporain 24-26 route de la Chapelle 18000 Bourges- Tel 02 48 50 38 61 http://antrepeaux.net Ouvert du mercredi au dimanche de 15h à 19h

Découvrir la ville sous un angle plus confidentiel, plus secret… avec la visite « Murmures de pierres » en compagnie d’une guide conférencière agréée par la Direction du Patrimoine. J’ai personnellement apprécié ce regard tout en finesse sur la ville. – Pour tout renseignement contacter l’Office de Tourisme de Bourges tel : 02 48 23 02 60

Remonter d’un pas de flâneur la rue d’Auron, charmante, puis juste avant la partie piétonne prendre sur sa gauche pour pénétrer dans l’église Saint Pierre 9 rue des 3 bourses – 18000 Bourges

Visiter ce chef d’œuvre d’architecture qu’est le Palais Jacques Cœur avec un guide. Ils sont tous excellents et narrent avec finesse et humour l’histoire du personnage et celle de ce lieu –Palais Jacques Cœur 10 bis rue Jacques Cœur 18000 Bourges tel 02 48 24 79 42 – www.palais-jacques-cœur.monuments-nationaux.fr Ouvert tous les jours de 9h30 à 12h et de 14h à 17h30 sauf les 1er novembre, 11 novembre, 25 décembre et 1er janvier. Tarif à partir de 8 euros.

Où déjeuner, où dîner et se faire plaisir…

Faire une pause déjeuner ou bien un vrai apéritif dinatoire dans cette épicerie – bar à vin qui met en avant ses coups de cœur gastronomiques et propose une restauration simple mais savoureuse. Bonjour Marcel, 11 place des 4 Piliers, 18000 Bourges tel : 02 48 16 67 32 david@bonjour-marcel.fr Ouvert du mardi au jeudi de 11h à 14h et de 17h à 19h30 et vendredi, samedi de 11h à 14h et de 17h à 22h.

Prendre un thé dans un délicieux salon très british ou bien déjeuner des plats du jour fait maison par Lorraine et s’acheter une paire de chaussette, un plaid écossais en laine recyclée ou un panier à pique-nique comme avant… Philomène en ville, Décoration et Salon de thé, 3 place des Quatre Piliers, 18000 Bourges. Ouvert du mardi au samedi de 12h à 19h. tel : 06 81 69 39 23 lorraine.reau@orange.fr instagram : philomene_en_ville

Faire un plein de croquets du Berry. Cette spécialité de biscuits particulièrement légère et croquante voisine, ici, avec d’autres délices comme des tuiles aux parfums divers, des sablés. Une gamme bio est arrivée et les matières premières sont issus de produits locaux pour favoriser un circuit court et réduire son empreinte carbone. Une excellente adresse pour acheter des cadeaux gourmands à ramener. Saveurs des marais biscuiterie artisanale, 121 avenue de Saint-Amand, 18000 Bourges tel : 02 48 24 48 01 Ouvert du mardi au samedi

Où dormir

Dans un hôtel datant des années 60, dirigé par Jean-Michel Devenas passionné par son métier, pour savourer un service d’hôtellerie de charme, française et de tradition. Hôtel Le Christina – 5 rue de la Halle 18000 Bourges – Tel 02 48 70 56 50 https://www.le-christina.com info@le-christina.com

Dans une des chambres d’hôtes de l’Hôtel Panette ou bien dans un de leurs petits appartements pour jouir d’un art de vivre d’une grande distinction dans un lieu remarquable. L’Hôtel Panette, 1 rue Henri Ducrot, 18000 Bourges tel 02 48 50 60 01 bienvenue@panette.fr www.panette.fr

Ce reportage a été réalisé grâce à Tourisme & Territoires du Cher. www.tourisme-territoiresducher.fr et à Bourges Berry Tourisme 21 rue Victor Hugo 18000 Bourges. Tel : 02 48 23 02 60 www.bourgesberrytourisme.com contact@bourgesberrytourisme.com

(Je vous retrouverai le 9 octobre pour le 3ème et dernier volet de ce grand week-end à Bourges.)

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